Belgique > La Force publique congolaise


Le Congo belge

Propriété privée de 1885 à 1908, de Léopold II, roi des Belges, le Congo devient colonie belge en 1908. Les grands groupes financiers belges ont compris très vite que le Congo est une entreprise fort rentable. Le poids économique, financier et géopolitique du Congo belge s'est affirmé lors de la Grande Guerre. La Banque du Congo belge ouvrit, le 08 septembre 1914, une agence à Londres qui joua le rôle de banquier du Trésor colonial durant le conflit. Les crédits britanniques assurèrent la stabilité du franc congolais dont le cours fut fixé par rapport à la livre sterling jusqu'en 1919.

Le 04 août 1914, un télégramme annonçant la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Belgique et celle du Royaume-Uni à l'Allemagne parvient à l'administrateur général de l'Afrique orientale allemande, le gouverneur Heinrich Schnee. Des télégrammes similaires arrivent au gouverneur général du Congo belge Félix Fuchs et au gouverneur de l'Afrique orientale britannique, Henry Conway Belfield.

Tous trois, conformément aux articles du chapitre III de l'Acte général de la conférence de Berlin de 1885, ordonnent qu'aucune action hostile ne soit prise. Une autre raison est qu'aucune colonie n'a beaucoup de troupes militaires. Au Congo belge, la Force publique fonctionne plus comme une force de police que comme une armée.

Le début de la guerre dans les colonies

Cependant le commandant de la troupe impériale de protection de l'Afrique orientale, le lieutenant-colonel Paul von Lettow-Vorbeck, ignorant les ordres de Schnee, prépare son armée au combat et la renforce. De 260 Allemands et 2 472 askaris au 4 août 1914, les Schutztruppen vont s'agrandir jusqu'à compter, au 31 décembre 1915, 2 712 Allemands, 11 367 askaris et 2 591 auxiliaires Ruga-Ruga assistés par 45 000 porteurs.

Alerté des préparatifs allemands, le commandant en chef de la Force publique, le lieutenant général Charles Tombeur ordonne la mobilisation le 6 août 1914 et nomme le lieutenant-colonel Frédérick Olsen chef d'état-major. Sans leur expliquer les causes réelles et les véritables enjeux de ce sanglant conflit, les Européens imposent aux Africains comment ils doivent se battre militairement, économiquement et financièrement. Le Gouverneur-Général, Félix Fuchs, reçoit du ministre des colonies, Jules Renkin, l'ordre de prendre des mesures militaires pour défendre le Congo et assurer son intégrité territoriale, particulièrement sur la rive orientale des lacs Kivu et Tanganyika qui sont frontaliers du Ruanda, de l'Urundi et de l'Est africain qui sont des colonies allemandes.


Fin 1914, Eugène Henry succède à Félix Fuchs comme Gouverneur-Général du Congo belge.
Dès le 28 août 1914, la Force publique commandée par le lieutenant-général Charles Tombeur est en mesure de mobiliser 18.000 hommes de troupe dont 719 belges et de réquisitionner 200.000 civils comme porteurs.

Les 3 brigades du Congo belge

Le dispositif de campagne de la Force publique congolaise comprend 3 brigades commandées par le lieutenant-général Charles Tombeur et de son chef d'état-major,  le lieutenant-colonel Auguste Tilkens.

 
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La Brigade nord

Elle est commandée par le Colonel Philippe Molitor puis, à partir de septembre 1916, par le Lieutenant-colonel Armand Huyghé. Cette brigade concentre ses opérations au nord du lac Kivu.

La Brigade nord est composée de :

  • 3e régiment d'infanterie, commandé par le major Bataille, armé du fusil Mauser 71 pour la troupe et du fusil Mauser 98 pour les sous-officiers ;

  • 4e régiment d'infanterie, commandé par le major Jean Rouling, armé du fusil Gras pour la troupe et du fusil Mauser 98 pour les sous-officiers ;

  • 1re et 3e batterie d'artillerie de campagne ;

  • 1 batterie de mortiers ;

  • 1re compagnie de pionniers-pontonniers ;

  • 1 compagnie de télégraphistes ;

  • 1 service de santé, 1 de logistique, 1 postal et 1 financier.

 

La Brigade sud

Elle est commandée par le Lieutenant-colonel Frédérick Olsen. Cette brigade se bat entre les lacs Kivu et Tanganyika.

La Brigade sud est composée de :

  • 1er régiment d'infanterie, armé du fusil fusil Mauser 71 pour la troupe et du fusil Mauser 98 pour les sous-officiers ;

  • 2e régiment d'infanterie, armé soit du fusil Mauser 71 soit du fusil Gras pour la troupe et du fusil Mauser 98 pour les sous-officiers ;

  • 2e et 4e batteries d'artillerie de campagne ;

  • 2e compagnie de pionniers-pontonniers ;

  • 1 unité de télégraphistes ;

  • 1 service de santé, 1 de logistique, 1 postal et 1 financier.

 

La Brigade navale

Elle est commandée par le Colonel Georges Moulaert, qui se bat sur le lac Tanganyika.

La Brigade navale est composée de :

  • L'Alexandre Delcommune, un bateau à vapeur ;

  • La péniche Mosselback ;

  • La vedette rapide Netta.

 

Les missions des brigades

Les missions des brigades sont :

  • 1er temps : marche conjointe des deux brigades sur la transversale Nyanza-Kigali et contrôle du Ruanda ;

  • 2e temps : marche en éventail sur la transversale Usumbura-lac Victoria et contrôle de l'Urundi et de l'Ussuwi ;

  • 3e temps : conquête de Kigoma pour la « brigade sud » et de Mwanza pour la « brigade nord » ;

  • 4e temps : marche en entonnoir sur Tabora, prise de la ville et jonction avec les troupes britanniques du brigadier-général Crewe.

Les volontaires congolais de Belgique

En 1914, des Congolais vivant en Belgique s'engagent dans le Corps de Volontaires Congolais que créa l'arrêté royal du 5 août 1914. Commandé par le colonel Chartin, ce corps regroupe des fonctionnaires de la colonie, des agents des compagnies coloniales en Belgique et d'anciens coloniaux. En 1918, à l'accession du Congo à l'indépendance, un ancien combattant de la Grande Guerre, Victor Koumoriko, originaire du Lac Léopold II, fut élu au sénat dont il fut le doyen.  

Les premiers affrontements

Dès le mois d'août 1914, les Allemands font aussi peu de cas de la neutralité du Congo que de celle de la Belgique. Ils attaquent des postes belges sur la rive occidentale du lac Tanganyika. Mais alors que la quasi-totalité de la Belgique passe rapidement sous la coupe des armées du Kaiser, la Force publique congolaise, composée d'environ 10.000 hommes mal entraînés, reçoit l'ordre de se réorganiser pour une contre-offensive, et d'envoyer des contingents en renfort aux troupes coloniales britanniques et françaises engagées contre les troupes allemandes au Cameroun et en Zambie actuelle.

 

La campagne de 1916

Le plus haut fait d'armes de la Force publique reste la campagne d'Afrique orientale, qui voit partir en avril 1916 deux détachements de la Force publique, composée de 15.000 hommes, à l'assaut de la colonie allemande. Le 28 juillet 1916, le port stratégique de Kigoma, sur le lac Tanganyika, est pris. Tabora, capitale administrative de la colonie, Tanzanie actuelle, tombe le 19 septembre 1916. Les soldats de la Force publique sont alors à plus de 500 km de leur point de départ. Dans cette guerre, les soldats sont partis avec femmes et enfants en plus des porteurs. Pour chaque fantassin, il fallait environ sept porteurs. Beaucoup d'entre eux étaient sous-alimentés, l'eau potable était rare. Certains buvaient dans des mares, d'autres buvaient leur propre urine.

 

La campagne de 1917

Placée ensuite sous commandement britannique, la Force publique participera en 1917 à une autre campagne, jusqu'à la ville de Mahenge à près de 600 kilomètres au sud-est de Tabora. Sa contribution fut décisive dans la victoire des forces de l'Entente en Afrique.

 

Le bilan des pertes de la Force publique


Campagne de 1916

Campagne de 1917

Tués

Blessés

Tués

Blessés

Officiers et sous officiers

41

62

17

7

Troupe

1 334

988

561

215

Porteurs*

4 500

-

2 624

-

Total des pertes

5 875

1 050

3 202

222

* Les porteurs sont tous morts soit de maladies soit d'épuisement

Les victoires militaires de la Force Publique congolaise permirent à la Belgique, à la France et à la Grande-Bretagne d'étendre leurs possessions aux territoires colonisés par l'Allemagne et conquis avec vaillance par les soldats congolais. Ainsi Kigali (Ruanda) fut conquis le 06 mai 1916, 'Usumbura (Urundi) le 06 juin 1916, Kigoma le 29 juillet 1916, Tabora, en septembre 1916, Mahenge en octobre 1917. La Force publique a été la plus belle armée africaine de la Grande Guerre, mais les combattants congolais sont les oubliés de ce conflit.

 

 

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