La Grande Guerre

Les carnets rédigés durant la Grande Guerre.

1914 - 1915 - 1916 - 1917 - 1918


05 janvier 1915, Argonne

« Il a fait hier, un temps véritablement affreux, avec une pluie glaciale toute la journée et toute la nuit. Les tranchées sont devenues une mare de boue, et les malheureux qui doivent y vivre sans cesse sont vraiment bien à plaindre. Pour moi, mon sort est .bien appréciable et je serais mal venu de me plaindre alors que je couche à peu près au sec et au chaud. »

Pierre MONNIER, soldat au 46e régiment d’infanterie

06 janvier 1915, Argonne

« Hier le Conseil de guerre du régiment a condamné à mort deux jeunes soldats des classes 1912 et 1914 qui avaient fui le 20 décembre lors de notre attaque. C’est une triste chose, d’autant plus que ces deux malheureux semblent ne pas s’être rendu compte de la gravité de leur conduite et avaient cédé à la contagion. Ils n’ont pas encore été exécutés car le conseil a signé un recours en grâce, mais, en tout cas, voilà deux hommes de 20 ans dont la vie est gâchée à tout jamais pour un moment d’aberration. Il est évident qu’il faut des exemples. Malgré tout, autant j’hésiterais peu au combat à casser la tête à un fuyard autant je trouve ces jugements après coup douloureux. Les soldats sont comme des enfants qu’il faut punir sur le coup, sans quoi ils n’y comprennent rien. Il a encore plu toute la journée et toute la nuit. On ne peut se faire une idée de ce qu’endurent les hommes dans les tranchées, surtout depuis que les repos sont supprimés en fait. Les miens sont de véritables statues de terre glaise où tout à la même couleur, tête, armes et corps. On se demande vraiment où la nature humaine puise l’énergie et la force de résister à une vie pareille. On raconte que la guerre en Argonne est particulièrement pénible — je souhaite pour mes frères d’armes que ce soit vrai. Grâce à Dieu je me porte toujours à merveille, et suis assez occupé pour ne pas m’ennuyer. »

Pierre MONNIER, soldat au 46e régiment d’infanterie

07 janvier 1915, Argonne

« Nous avons été attaqués ce matin très violemment vers 8 heures 1/2, c’est ce qui m’a empêché de t’écrire. Les Boches ont fait sauter une de nos tranchées ; heureusement, les hommes ont très bien tenu, et se sont repliés dans la deuxième ligne située à 10 mètres. L’affaire a été très chaude et nous a coûté cher. Nous avons 3 officiers blessés sans compter notre divisionnaire le général G. qui a reçu une balle dans l’épaule. Blessure légère, heureusement. Les Allemands ont, de leur côté, perdu beaucoup de monde, et j’ai vu passer quelques prisonniers. J’ai été très occupé naturellement. Il a toujours fait un temps affreux, et pour comble de guigne une inondation s’est produite dans mon gourbi où j’ai maintenant 20 centimètres d’eau; ma paille est trempée. »

Pierre MONNIER, soldat au 46e régiment d’infanterie

27 février 1915, Bois de la Gruerie

« Enfin 3 jours c’est assez, et là sans dormir, car il faut prendre la garde tous les 4 h et il fait fort froid, il gèle fort. J’espère que demain nous allons être relevés car c’est assez comme ça. Nous sommes en ce moment à 8 mètres des boches, ça fait qui faut faire attention à lui pour ne pas recevoir des boîtes de singe sur sa gueule. En ce moment nous touchons la soupe pour la journée. Je viens de boire ma goutte, elle est très bonne et elle nous fait du bien, car depuis hier soir nous n’avons pas encore eu rien du tout dans le coco. »

Augustin ROBIQUET, soldat au 150e régiment d'infanterie
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05 avril 1915, Les Éparges, Meuse

« La pluie tombe toujours, on va couper les fils de fer qui sont devant, je ne suis pas désigné pour cela, mais ceux qui y vont, retournent tous. Le jour commence à paraître, et nous voyons arriver nos cuisiniers qui ne nous apportent presque rien, car, eux comme nous, ils ont dégringolé en route. Le café, il y en a presque pas, encore nous, il n'y en a un peu, on nous donne un demi-quart chacun, puis presque autant de goutte. Je ne sais pas ce que c'est, mais je le trouve trop fort, et comme je veux voir la charge dans la réalité, je ne veux pas être sous l'alcool. Je jette ma part. »

Paul GALLERON, soldat au 91e régiment d'infanterie
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06 avril 1915, Les Éparges, Meuse

« Mais La nuit est venue depuis longtemps, nous sommes toujours là ; la soif se fait sentir, la faim, on n’y pense pas. On serait si heureux d’avoir un quart d’eau ! La pluie tombe toujours mais impossible d’en recueillir seulement un demi-quart. Enfin ! On fait demi-tour ! Voilà dix heures que nous sommes là, dans la boue !Lentement, nous revenons en arrière ; on nous dit de reprendre nos emplacements du matin. Facile à dire, mais pas du tout à exécuter. »

René DAVID, adjudant au 25e Chasseurs à pied
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06 avril 1915, campement

« Après 5 jours passés dans les tranchées de 1re ligne sous une mitraille terrible, je suis soit-disant de repos au campement ; je dis soit-disant car ici les corvées pleuvent dru si les balles et les obus se font plus rares. Nous sommes installés dans un ancien bois car tout a été fauché si ce n’est pas par le canon c’est par nous pour construire nos abris souterrains. Imaginez-vous un flanc de coteau avec très forte pente de 45° dans lequel nous avons creusé des niches pour loger une dizaine d’hommes ; des branches d’arbre et de la bruyère comme matelas, une couverture et voilà notre home. Le jour il y a fait assez bon mais la nuit la fraîcheur se fait sentir et ma fois réveil nous sommes relativement gelés ; mais patience, les beaux jours ont déjà fait leur apparition et dans quelque temps nous n’aurons plus à souffrir du froid. Depuis quelques jours nous repoussons avec succès les attaques allemandes. Les boches sont passés maîtres dans l’art de la sape, aussi il ne se passe pas un jour sans qu’ils ne fassent sauter quelques postes français que nous reprenons ça c’est vrai, mais non sans subir quelques pertes. Notre Génie n’ose plus travailler, craignant de sauter à tout instant. J’ai reçu votre lettre mon vieux frangin et vous remercie du journal que nous y avez joint. J’accepter votre offre avec plaisir. Quant au petit colis que vous m’avez expédié j’espère qu’il ne tardera pas à me parvenir car sitôt mon arrivée ici j’ai écrit au vaguemestre du dépôt pour lui faire connaître ma compagnie. Merci encore de la diligence que vous apportez à satisfaire mes désirs. »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

06 mai 1915, tranchée de Champagne

« Ce matin et hier, nous avons vu passer des prisonniers boches et avons 2 mitrailleuses et canon revolver leur ayant été pris hier. Cela fait plaisir de les voir se rendre et passer devant nous pantelants comme des loques humaines. C’est au bruit infernal du canon et des balles que je t’écris ce mot nous allons retourner ce soir dans une boue jusqu’à la cheville et même au-dessus enfin nous arriverons avec la patience et le courage à les refouler et dégager notre liberté et celle de ceux qui sont fait pour mourir. »

Maurice AUPETIT, soldat au 20e escadron de train des équipages
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10 mai 1915, Paris

« Je viens de passer 4 jours dans les tranchées de 1ère ligne et suis maintenant pour 4 autres jours en réserve c’est-à-dire à 3 ou 400 mètres en arrière. Ici nous sommes presque privilégiés, nous habitons de gentilles petites guitounes souterraines aménagées par nos braves marsouins habitués pour la plupart à cette vie au grand air. Notre petit village de 400 âmes est situé à flanc de coteau au beau milieu d’une superbe sapinière où le muguet, la primevère, la fougère et la mousse poussent à qui mieux mieux et jettent une note vraiment saine près de ces sapins d’un vert sombre et surtout comparativement à la désolation du champ de bataille où les quelques arbres qui n’ont pas été fauchés par la mitraille ne reverdissent pas étant tous touchés par les balles qui en ont fait de véritables écumoires, ceci accompagné du terrain bouleversé par les marmites et par les travaux de terrassement des tranchées, dans un terrain calcaire de sorte qu’on aperçoit une dizaine de lignes blanches presque parallèles, très sinueuses car elles épousent à peu près les accidents du terrain. Toutes ces tranchées sont reliées entre elles par une grande quantité de boyaux transversaux semés eux aussi de demi-ligne pour permettre en cas de retrait une fusillade nourrie dans ces dits boyaux qui se terminent en arrière des tranchées et débouchent dans notre village. Je vous ai fait un petit croquis des lieux que nous habitons et comme vous vous intéressez à votre frère je suis persuadé qu’il vous fera plaisir. Vous voyez que les lignes allemandes sont très près des nôtres de 20 à 40 mètres. Quant à l’Artillerie, elle ne fait pas défaut. Il en arrive encore tous les jours que l’on transporte par le petit Decauville qui est installé en ce moment et sur lequel nous travaillons pendant ces journées dites de repos. Cette artillerie est sans aucun doute de la lourde, autrement nous n’installerions pas une voie ferrée. J’espère mes chers amis que ces préparatifs terminés, et dans quelques jours ils le seront, ce sera la ruée sur les Boches et son retour 2 doigts vous savez bien où, dans sa terre maudite. Tous ici, jeunes comme vieux, nous attendons ce jour avec impatience car il sera vraiment un jour béni. »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

22 mai 1915, Dunkerque, à 30 km du front

« À midi, je déjeune assez bien. La ville reprend de sa vie active. La moitié des boutiques sont ouvertes, d’abord à cause des fêtes de la Pentecôte. La circulation est très forte. Beaucoup d’anglais, marins surtout. Nombreux véhicules et quantité de motos. Tout cela fait pas mal de poussière et un bruit infernal. Les troupes de la place sont assez nombreuses. On découvre aussi pas mal d’embusqués. Quantité de Messieurs pomponnés, se baladant à travers les rues, l’air hautain et presque dédaigneux. S’offrant tout ce qui peut leur convenir, devisant gaiement avec des poupées aux toilettes claires et engageantes en un mot ne vivant absolument rien de la situation. »

Louis LECOMTE, maître-canonnier au 32e d’artillerie
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24 mai 1915, Paris

« Depuis 2 ou 3 jours nous nous battons avec acharnement aux bombes, grenades, pétards, en un mot aux explosifs, sans pour cela esquisser la moindre sortie ; que cela signifie-t-il ? Je l’ignore. Attendons, nous verrons. Des troupes fraîches viennent d’arriver à l’arrière ; sans doute l’attaque ne saurait tarder. Ce matin, lorsque nous avons appris la déclaration de guerre de l’Italie, nous avons sauté de joie, car avec elle nous vient l’espoir d’une paix prochaine. Sitôt cette bonne nouvelle arrivée nous avons voulu en donner la primeur aux boches ; aussi avons-nous envoyé Le Matin qui l’avait en manchette. La réponse ne s’est point fait attendre, ils nous ont expédiés par la même voie, c’est-à-dire une bouteille lancée à la main, un billet en mauvais français et dont voici à peu près la teneur : Italiens assassins, voyous. Français bons. Nous continuerons la guerre jusqu’au bout. Je ne sais si le dernier part du cœur, mais certainement le premier est sincère. Quant au second, passons dessus et maintenant Messieurs les boches vous allez trouver à qui parler. »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

28 mai 1915, Paris

« Ce matin je suis gâté : Colombes, Paris, Blain, tout le monde m’écrit, aussi j’oublie net les quelques jours pendant lesquels je suis resté sans nouvelles de Blain. Merci mon petit Jeanot d’avoir écrit longuement à ton frérot. Je t’assure ma mignonne qu’après les mauvais jours que nous venons de passer, une lettre affectueuse de sa sœurette est comme un baume sur une plaie car ces jours-ci ma compagnie, au cours de combats de tranchées, a eu des pertes sérieuses et les Chinois figuraient en grand nombre parmi les blessés. On ne vit pas, pendant des mois, une vie commune et pendant des semaines la même vie, sans créer des amitiés, et bien ce sont ces amis de Chine que je viens de voir tomber. Le hasard nous avait rapprochés sur la même ligne lorsqu’un maudit 77 boche qui ne nous était pas destiné, vient frapper un arbre à 3 m au-dessus de nos têtes, résultats 13 victimes. Je me trouvais au milieu de cet enfer, comment se fait-il que je n’ai pas été atteint : mystère. Depuis 1 mois ½ que je suis sur le front je vois tous les jours la mitraille autour de moi, mais de la sorte c’est la première fois. Effet moral : léger hébétement de quelques secondes, car il fallait réagir et se précipiter au secours des blessés, quand le combat ne nous appelle pas. »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

28 mai 1915, Arras

« Dans la nuit, les pionniers enterrent les cadavres qui sont là depuis 15 jours, besogne macabre et qui ne leur plait guère. Mais pourquoi chaque régiment n’enterrerait-il pas ses morts chaque soir de bataille. Comment identifier ces malheureux en décomposition, qui ira leur retirer leur plaque d’identité ou leur livret ? Pauvres familles, vos fils vous seront signalés comme disparus et jamais vous ne saurez ce qu’ils sont devenus, terrible pensée. »

Albert CARRIE, soldat au 7e régiment d'infanterie
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29 mai 1915, Paris

« La nuit a été assez agitée : patrouilles qui ont déclenché une vive fusillade et l’entrée en danse des mortiers et des canons. Nous avons malheureusement à déplorer la perte de 20 hommes de ma compagnie, dont 9 morts […] Nous nous trouvions à quelques mètres de distance, lorsqu’un maudit 77 boches, qui ne nous était pas destiné vint frapper un arbre au-dessus de nos têtes. Le choc le fit éclater et les éclats blessèrent 13 des nôtres je me trouvais au milieu de la rafale et je me demande comment j’ai été épargné ... »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

02 juin 1915, La Chalade

« Certes la guerre est bien triste. Que de veuves, que d’orphelins pleurent et pleureront encore leurs chers aimés. Mais n’était-elle pas indispensable ? Si, car depuis de nombreuses années la France ne voulant pas croire à une conflagration européenne, se laissait aller à un doux farniente dans laquelle tout sentiment d’honneur national semblait sombrer. Et quand un pays en arrive à ce point, c’est la décadence à bref délai ; nous avons dans l’histoire des peuples des exemples nombreux. »

Jan PRAUD, soldat au 6e RIC, puis au 9e Compagnie

02 juin 1915, Les Éparges

« Cet ensemble de tranchées est un vrai cimetière, une centaine de morts, tous de l’attaque d’avril sont tout autour de nous et l’abri de commandement du lieutenant est proche voisin d’une tombe, et dans ce petit coin de plaine, entre les routes de Metz et Pareid, il y a plus d’un millier de braves camarades du 157e et d’autres régiments qui sont tombés en avril, ce n’était vraiment pas la peine de faire tuer tant d’hommes pour un si petit résultat, surtout que cette tranchée payée si chère va être rebouchée puisqu’il en est recreusé une autre à 500 mètres en arrière, celle-ci ne pouvait plus être tenable avec les chaleurs … »

Paul DUCHATELLE, sergent au 303e régiment d'infanterie
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06 juin 1915, Arras

« Nous avons eu du reste pas mal de victimes sans attaquer. Pour ma part, mon fusil est cassé en deux et le canon tordu au milieu du fût. C'était encore mon fusil de famille, celui qui a descendu la rue des Juifs un petit drapeau et des fleurs dans le canon sur mon épaule aux accents du chant du départ. Ça m'a fait de la peine de le remplacer. La courroie de la musette à cartouche que ma mère m'a faite est percée par une balle de shrapnell ma gamelle aussi, ma toile de tente est en loque et moi je suis indemne. »

Paul TAPIE, soldat au 2e régiment d'infanterie
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07 juin 1915, front en Artois

« Rien que pour une méchante attaque, le régiment a un tiers de son effectif hors de combat et tout n'a pas été donné ; le colonel est mort, dans notre compagnie, qui n'a pas chargé à la baïonnette, le capitaine, le premier lieutenant sont blessés. Les cadres sont démolis. Et tout ça, pour quoi ? C'est décourageant, décourageant. »

Étienne TANTY, soldat au 129e régiment d'infanterie

07 juin 1915, front en Artois

« Le régiment a attaqué avant-hier dans Neuville-Saint-Vaast les quelques maisons qui restent aux Boches. Les communiqués officiels vous ont sans doute appris qu'il y avait progrès, que nous avons avancé. Des avances comme ça, à ce petit jeu, on pourra les compter en France ! »

Étienne TANTY, soldat au 129e régiment d'infanterie

10 juin 1915

« J'avais prié sur les tombes de mes camarades du 18ème corps, environ 300 corps étaient en rangées de 30, c'était bien arrangé, tous avaient des croix en bois ou en pierre. Les noms étaient inscrits, ils avaient des couronnes, des écritures de souvenir et de regrets. Une fosse d'une quarantaine de mètres devait encore être remplie, ceux-là n'avaient pas de noms inscrits. Sur la campagne, pas loin de là, des boches il y avait partout dans les terrains ... »

Jean Mathurin OFFREDO, soldat au 88e RIT
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21 juin 1915, Les Dardanelles

« Le bombardement continue jusqu’à 6 heures. C’est l’heure de l’attaque : on nous donne l’ordre de marcher en avant. Nous croyions que nous étions pour rester en 1ère ligne, mais on nous fait sortir pour faire l’attaque : nous marchons en avant et nous gagnons la 1ère ligne turque. Nous tirons sur les Turcs pour essayer de continuer l’avance, nous tenons bien un moment, mais quelques temps après, par contre-attaque, les Turcs, avec des renforts, nous ont presque entourés. Au dernier moment, quand on voit comment on est pris, on nous crie « Sauve qui peut ». Chacun se débrouille de son mieux : ceux qui peuvent, pour retourner. »

Jérôme LE SAOUT, soldat au 6e colonial
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28 juin 1915, Le Mesnil, Marne

« Notre travail consiste à faire des pare-éclats pour garantir le boyau qui est pris en enfilade par les mitrailleuses ennemies. Nous sommes éclairés par les fusées multicolores qui sillonnent l'air, et assourdis par les détonations des grenades ou bombes de toutes sortes que s'échange Français et Boches, il est environ 11 h ou minuit. Les Boches attaquent à coup de bombes notre tranchée de 1ere ligne, les nôtres répondent, le sol tremble, c'est un crépitement de coup de feu et d'explosions épouvantables. Nos 75 se mettent de la partie, nous sommes blottis au fond du boyau abasourdi par ce vacarme épouvantable. Les débris de fer et de pierre tombent, mais personne n'est blessé. Petit à petit le calme se rétablit en partie, nous reprenons notre travail jusqu'au jour, pour partir à 5 heures et regagner notre bivouac. »

Auguste BASTET, soldat au 111e territorial
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20 juillet 1915

« On commence l'attaque à 6 h du matin, à 9 h. Les boches se mettent à nous bombarder, il tombe des obus de toute part, il en tombe un sur le caisson de la première pièce, plusieurs obus prennent feu alors les hommes de la pièce sont effrayés et veulent sortir de l'abri. Au même moment une marmite arrive en plein sur la ... les met en miettes et on ne trouve qu'une main sur le moment. Mais le lendemain on trouve des morceaux de tous côtés. x VILLAR a l'œil arraché. Il est mort en arrivant au poste de secours. FLANDRIN reçoit un éclat dans un bras, DURAND dans la cuisse. À Orsay AURSAY reçoit un éclat en pleine poitrine, il est mort sur le coup. »

Pierre BOURGAULT, soldat au 31e régiment d'artillerie
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28 août 1915, front en Champagne

« Je prie de tout mon cœur pour revenir et je m'associe à toutes tes prières. Le capitaine L. qui commandait la Ce de mitrailleuses en a été relevé après avoir eu huit jours d'arrêts pour avoir réclamé d'une façon incorrecte dans la forme la croix de guerre pour son lieutenant. Le colonel nous empoisonne toujours. Depuis l'affaire de l'autre jour, les hommes ne peuvent plus le sentir. Un de mes hommes blessé mortellement lui a crié en mourant : " vous êtes tous des assassins ! " C'était un excellent soldat. Un autre lui a dit comme il l'engueulait pour le faire sortir de la tranchée et monter sur la plaine : " Montez-y donc, vous, et on vous suivra ! " Bien entendu, il n'y est pas allé. Au moment où mon commandant allait y aller, le colonel lui a dit : "Et surtout, Commandant le sourire aux lèvres ! " Tout en restant caché. Et le commandant lui a répondu : " Oh ! Mon colonel, nous, nous avons toujours le sourire. " Il est parti sur ces mots et n'est pas revenu. »

Jacques Hilpert, capitaine de réserve au 247e régiment d'infanterie

04 septembre 1915 ; Les Éparges

« Il serait temps que tout cela finisse. Qu’entendent par là les gens de l’arrière, que nos poitrines mettent à l’abri des balles ennemies et qui n’ont pas la pudeur de respecter ceux qui sont morts depuis une année. Ces messieurs de l’armée font la fête… Le ministre s’inquiète de fixer la nuance du Kaki que messieurs les embusqués doivent porter, est-ce que nous en avons-nous des uniformes à la mode, de bleu horizon, il doivent devenir pisseux nos uniformes ! »

Paul DUCHATELLE, sergent au 303e régiment d'infanterie

08 octobre 1915, Marne

« Suis courbaturé, n'en peux plus, voilà le 14e jour sous le fer et le feu, les hommes sont presque abattus, terrible, nous ne serons donc jamais relevés. Matin, pluie de fusant quinzaine de blessés dont mon frère d'armes DUMUR (pas grave), c'est presque intenable, ma pèlerine est criblée d'éclats, je ne suis pas dedans heureusement. Passons l'après-midi dans se boyau repéré, 3 fois sommes à moitié enterré. Oh civils de l'armée, si vous voyez notre situation comme la guerre serait vite finie ! Chère femme, chers parents si vous me voyez dans cette misérable excavation qui s'ébranle à chaque coup de canon. Et dire qu'il faudra encore passer la nuit sur cet amas de pierres, c'est désespérant, pourtant il y a des régiments en arrière. Pourquoi ne pas nous relever un peu, 15 jours sous les marmites c'est démoralisant, c'est affreux, à chaque pas c'est la mort qui nous guette. Le régiment a perdu plus de 800 hommes, comment ai-je fait pour passer à travers tout cela puisque déjà près de 40 brancardiers ou infirmiers sont tués et blessés !!! »

Émile SERRE, infirmier, au bataillon de marche du 60e régiment d'infanterie
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20 décembre 1915, Nampcel

« Grave incident dans la compagnie à cause du manque de respect. La compagnie est punie pendant 8 jours et les soirs théorie sur le salut.2 hommes sont punis, par le général qui passe sur la route, de 30 jours de prison et l'autre de 8 jours. »

Léon GALINIER, sergent au 93e Territorial
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