La Grande Guerre

Les carnets rédigés durant la Grande Guerre.

1914 - 1915 - 1916 - 1917 - 1918


25 février 1916, ferme de Naviaux, Marne

« Malheureusement beaucoup d'entre nous ne reviendront pas, que de familles endeuillées ! Tu vas dire que je n'ai pas beaucoup le caractère militaire, mais c'est honteux de voir ce que l'on voit ici tous les jours : les camarades tombés sur la plaine, le ventre au soleil et c'est une infection que nous respirons. Pour nous remonter le courage, ils ont fusillé deux types du 315e la semaine dernière. J'aurais bien d'autres choses à te dire mais je risque la prison. »

Auguste LECOURT, soldat au 104e régiment d'infanterie
Extrait de carnets de guerre provenant du site www.chtimiste.com , avec son autorisation

02 mars 1916, Douaumont

« Le sous-lieutenant appela ses gradés, sur toute la section nous restions deux caporaux et vingt-quatre hommes, il nous dit que nous avions tous fait l’impossible pour résister, que les autres compagnies étaient faites prisonnières ou démolies, nous étant cernés nous serions massacrés ou pris dans la soirée. Il ne nous restait plus qu’à attendre les événements, puisque nous n’avions plus de munitions et pas de moyens pour se retirer à l’arrière. »

Élie HARTÉ, caporal au 33e régiment d'infanterie
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30 mars 1916, Champagne

« Un quart d’heure après, j’étais à bout de force, la tête en feu, mes épaules douloureuses pliaient, et le plus fort n’était pas fait. Restaient à franchir les pare éclats de la première ligne. Là, j’ai pensé défaillir car je commençais à vaciller sur mes jambes moins vives. La fascine longue de près de 3 mètres ne pouvait passer dans ces lacets étroits, elle s’immobilisait dans les coins, et il nous fallait alors la soulever au-dessus des hauts parapets. Nous arrivions heureusement, cela me stimulait et, m’arcboutant contre la muraille de craie, grinçant des dents, les bras tendus, on passait quand même. La tête de la corvée revenait sur ses pas, et quel soupir de soulagement en déposant ma charge. »

Alfred René FAILLE, sergent au 410e régiment d'infanterie
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08 avril 1916, Verdun

« Cette route fut terrible. Il faut y avoir passé en plein jour pour savoir. Être dans un bois ou tous les arbres sont cassés, déchiquetés ; une route à peine reconnaissable que par le nombre de chevaux morts, voitures cassées etc.…Les obus arrivent dans toutes les directions aussi pour passer il faut prêter grande attention au sens des arrivées d’obus : ne pas craindre de faire des plats-ventre. »

Pierre Charles HUET, soldat au 22e régiment d'artillerie
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18 mai 1916, secteur de Verdun

« On a soif : depuis trois jours, il fait très chaud. Le ravitaillement n'est possible que la nuit, et encore, on boit l'eau qui croupit dans les trous de marmite : elle est chaude et verdâtre. On choisit celle où il n'y a pas de macchabés trop près, mais sait-on ? Je vais au poste d'écoute, à moins de 150 m d'ici : il est 5 m des Boches. Violent marmitage toute la journée : 150 à 210 comme s'il en pleuvait. Le dernier pan de mur qui reste de la ferme de Thiaumont est écorné. Nous somme à 900 m de Douaumont. Le sergent Daube a la blessure la plus laide que j'aie jamais vue, faite par une balle : tout son larynx est enlevé. C'est un véritable égorgement. Il a toute sa connaissance et est très brave. Il meurt au bout d'une heure. »

Lucien LABY, médecin auxiliaire au 294e régiment d'infanterie

17 juin 1916, secteur de Verdun

« Plus nous avançons, plus le terrain est remué, la route n'existe que partiellement et les rails de chemin de fer qui les longeaient sont coupés par l'éclatement de gros obus, des voitures brisées gisent et des cadavres d'hommes et de chevaux emplissent l'air d'une odeur épouvantable. Des rafales d'obus nous arrivent de tous les côtés et je suis obligé de faire plusieurs groupes qui marchent en file indienne en s’aplatissant au sol à chaque détonation. »

André BOURRICAUD, téléphoniste au 2e Génie

17 juin 1916, secteur de Verdun

« Nous avons pris en main au départ la ligne téléphonique qui nous amène après une course folle à l'orée du bois ; là elle est déjà coupée et nous la réparons à plat ventre puis, toujours en courant, nous continuons. Je butte dans un tas de cadavres et me voilà étalé de tout mon long, dans ma chute j'ai perdu la ligne et la bobine. Une puanteur épouvantable s'exhale de cet endroit maudit jonché de corps que le soleil de juin décompose avec rapidité ; je me bouche le nez avec mon mouchoir en passant à genoux au-dessus des cadavres. »

André BOURRICAUD, téléphoniste au 2e Génie

17 juin 1916, secteur de Verdun

« Nous avançons toujours et la tranchée est remplie de cadavres puis à un moment ces cadavres sont debout baïonnette au canon prêt à l'assaut. Les hommes ont été surpris par le tir fulgurant des mitrailleuses qui les ont pris en enfilade et ils ont été tués dans leur position d'attente de la minute où ils devaient enjamber le parapet de la tranchée. Les obus avaient déjà à moitié enterrés ces morts par endroits et il nous fallait faire des exercices de montagnes russes pour suivre cette parallèle qui allait en s'amincissant. »

André BOURRICAUD, téléphoniste au 2e Génie

18 juin 1916 : Verdun, tunnel de Tavannes

« Nous quittons le tunnel à 8h ½ en marchant en file indienne. Nous grimpons les hauteurs de l’ouvrage de Damloup. Vu sa pente rapide, nous sommes vite fatigués car il ne faut pas s’amuser. Lorsque tout le monde fut en haut, nous nous blottissons du mieux que nous pouvons dans le boyau en attendant que la nuit fût venue. Mais, ce fut angoissant car les marmites nous arrivaient de toute part. Plusieurs hommes jetaient des cris de douleur. Ils étaient atteints par des obus. Nous nous portons en avant à 9 h ½ sous une pluie d’obus. Les Boches avaient aperçu un mouvement de troupes, aussi, ce fut avec des grandes difficultés que nous arrivons à l’ouvrage du fort de Vaux. Sur mon parcours, je trouvais déjà beaucoup de mes camarades blessés ou déchiquetés pas les obus, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Il fallait arriver à la redoute du fort de Vaux. Enfin, vers 10h ½, nous étions arrivés, tout bouleversés, et tout essoufflés. »

Marceau NÉDONCELLE, soldat au 8e Zouaves
Extrait de carnets de guerre provenant du site www.chtimiste.com , avec son autorisation

16 août 1916

« Nous avons passé trois jours couchés dans les trous d’obus à voir la mort de près, à l’attendre à chaque instant. Et cela, sans la moindre goutte d’eau à boire et dans une horrible puanteur de cadavres. Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume à nouveau. Quand on veut se creuser un abri, on tombe tout de suite sur des morts. Je faisais partie d’un groupe de camarades, et pourtant chacun ne priait que pour soi. »

Soldat allemand non identifié

22 novembre 1916

« Ce matin, il pleut. Le tableau que nous avons sous les yeux est tel qu’on se croirait transporté dans un autre pays. Partout entre les baraques, un pied de boue. Sur les routes, où défilent d’interminables convois d’autos, c’est une boue liquide qui vous arrose constamment. Et ces convois qui hier sur la gelée roulaient presque sans bruit, font maintenant un bruit d’enfer et ont des cahots épouvantables. »

Marceau NÉDONCELLE, soldat au 8e Zouaves
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22 novembre 1916

« Là où sont cantonnés les trains de combat ou régimentaires, c’est encore pis. Là, la boue vous monte au mollet et ces pauvres chevaux n’osent même plus se coucher. Sur les routes qui vont vers l’avant, c’est épouvantable : ici une tombe ; là un cheval mort, plus loin une auto dans un fossé, une voiture avec une roue cassée. Et les routes défoncées, puis les hommes qui vont et viennent ne sont que des blocs de boue. Voilà ce qu’on appelle LA SOMME, voilà ce qu’on appelle LA GUERRE. »

Marceau NÉDONCELLE, soldat au 8e Zouaves
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25 décembre 1916, front alpin

« Aujourd'hui, mon cœur est sec. La civilisation moderne nous a mécanisés. La guerre a porté jusqu'à l'exaspération ce procédé de mécanisation de la société européenne. Il y a vingt-cinq ans nomade d'instinct, je partais du matin au soir le long de la rivière et je volais les nids d'oiseaux et les fruits. J'allais à la messe. Le Noël de ce temps-là est encore vivace dans ma mémoire. Dans l'église, il y avait beaucoup de cierges allumés et au milieu de l'autel le petit Jésus né dans la nuit. Tout cela était pittoresque et flattait mon imagination. La foule s'écoutait. Combien d'années ou combien de siècles se sont écoulés depuis lors ? »

Benito MUSSOLINI, caporal au 11e bersaglier