La Grande Guerre

Les carnets rédigés durant la Grande Guerre.

1914 - 1915 - 1916 - 1917 - 1918


01 février 1918, les Éparges, tranchée de Calonne

« Nous touchons une grosse ration de gniole, nous devinons ce qui va se passer. Une compagnie du 7e colonial vient prendre position à nos côtés dans la nuit, pendant que les crapouillots et nos 75 bombardent les tranchées d'en face. »

Émile POLY, infirmier, puis caporal aux 128e et 87e régiment d'infanterie
Extrait de carnets de guerre provenant du site www.chtimiste.com , avec son autorisation

01 février 1918, les Éparges, tranchée de Calonne

« Nous réparons les boyaux complètement écrasés. Il pleut à torrent et sommes trempés jusqu'aux os. Nous n'avons plus rien d'humain et sommes décidés à nous faire tuer sur place. »

Émile POLY, infirmier, puis caporal aux 128e et 87e régiment d'infanterie
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08 février 1918, en mer

« Tout à coup on aperçut sur la gauche du bateau le sillage d’une torpille. Immédiatement je prends mon gilet de sauvetage, je le mets sans m’émotionner et on jette les barques et les radeaux à la mer. Malheureusement le radeau sur lequel j’étais désigné en cas d’accident ne m’a pas donné le temps de l’attraper, j’ai donc sauté par-dessus le bord et fait un plongeon dans le royaume des poissons. »

Henri TRISTAN, marin au 20e d'artillerie lourde
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04 mai 1918, Locre

« À notre entrée dans le village, un chien se met à aboyer et il est certain que si j’avais été à ses côtés, je lui aurais coupé la tête, et je n’ai qu’une pensée : c’est de croire que les boches se sont infiltrés dans nos lignes car à certains endroits il y a des intervalles de 800 mètres où il n’y a personne. Comme nous sortions du village le capitaine trouve le temps long et me demande si nous arrivons bientôt. Je réponds oui et approvisionne mon fusil et notre marche continue toujours. »

Paul POURCELOT, soldat au 122e régiment d'infanterie
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26 mai 1918, carrières de Sancy, Aisne

« Le matin, dès la pointe du jour, le bombardement a relâché un peu, car les boches avançaient et à huit heures du matin, ils nous avaient ramassé presque toutes les pièces d’artillerie. Alors là, nous avons reçu le premier choc ; ça a été un corps à corps terrible et le combat à la grenade, car c’est tout ce que l’on avait. Les boches étaient en plus grand nombre que nous, on comptait dix boches pour un français ; d’ailleurs on ne pouvait pas résister. »

Antoine LASPOUGEAS, soldat au 103e régiment d’infanterie
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28 mai 1918, Soissons

« Des isolés, appartenant surtout au 214e régiment d’infanterie retournent vers l’arrière, ce qui me surprend que des gens abandonnent leur poste de combat en un tel moment. Mais nous les écoutons pourtant raconter leurs prétendus exploits, anecdotes aussi héroïques que peu vraisemblables. Un grand gaillard nous montre une paire de gants dont il aurait dépouillé un capitaine ennemi, tué par lui, etc. »

Pierre Antoine BOURSEIRE, sergent au 147e régiment d'infanterie
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14 juillet 1918, front de Champagne

« Journée calme. Le matin, évolution de nombreux avions. Toutes les nuits nous sommes alertés. Nous dormions tout équipés dans la sape. Il y a quelques jours nous avons reçu un ordre du jour du général : l’offensive allemande en Champagne est imminente. Le mot d’ordre est de tenir jusqu’au bout. Résister jusqu’à la mort interdit de se replier sur les lignes arrière, ce qui du reste était impossible et pour cause… Le soir même le capitaine commandant notre 7e compagnie vient nous visiter et nous répète les consignes : « Oui, nous sommes sacrifiés. Il faut résister à tout prix. Vaincre ou mourir. »

Marcel DECUGNIERE, soldat au 21e régiment d'infanterie
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17 juillet 1918, secteur Allemant, Aisne

« Il ne me répond pas, je lui touche le front, j’ai vu qu’il était bien mort. À ce moment il m’est venu à l’idée un certain plaisir, que tous les combattants excuseront, car beaucoup connaissent les souffrances de la soif et elles sont cruelles, c’était que j’allais pouvoir lui prendre son bidon et en boire le contenu. Je regarde, il n’avait pas de bidon mais il avait une peau de bouc comme presque tous les soldats pyrénéens, j’étais déjà content, je retourne un peu ce malheureux copain, mais la gourde était prise dans les branchages. Pas moyen de l’avoir. Alors je coupe la courroie et j’attire précipitamment l’objet de ma convoitise. Et là, cruelle désillusion, deux éclats d’obus l’avaient traversé et on voyait que le vin s’était répandu donc le pauvre vieux avait encore à boire au moment où il fut tué. »

Paul CHAMPDAVOINE, soldat au 18e régiment d'infanterie
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21 septembre 1918, Serbie

« Journée marquée par l’attaque de la cote 2058 ; l’ordre d’attaque est pour 6 heures, les premières vagues sortent, composées de la 5e et 7e Cie, impossible d’avancer. Les unités sont prises sous un feu intense de mitrailleuses. Les hommes se replient sous les ordres de leurs chefs. En portant un ordre à la 6e Cie, j’ai un homme de la liaison blessé au pied gauche, un nommé MICHAUD, qui est du canton de Mauprévoir. Enfin, à 10h50, l’ordre arrive du colonel RONDET d’attaquer coûte que coûte, car paraît-il que les Bulgares continuent leur retraite. »

Pétrus Joannès PEYROT, caporal-clairon au 4e régiment d'infanterie coloniale
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