Témoignages > Carnets de 1916


Carnet de guerre d'Auguste Lecourt, soldat au 104e RI

25 février 1916, ferme de Naviaux, Marne

"..Malheureusement beaucoup d'entre nous ne reviendront pas, que de familles endeuillées ! Tu vas dire que je n'ai pas beaucoup le caractère militaire, mais c'est honteux de voir ce que l'on voit ici tous les jours : les camarades tombés sur la plaine, le ventre au soleil et c'est une infection que nous respirons. Pour nous remonter le courage, ils ont fusillé deux types du 315e la semaine dernière. J'aurais bien d'autres choses à te dire mais je risque la prison. »

Carnet de guerre de Marceau NÉDONCELLE du 8e Zouaves

18 juin 1916 : Verdun, tunnel de Tavannes

« ..Nous quittons le tunnel à 8h ½ en marchant en file indienne. Nous grimpons les hauteurs de l’ouvrage de Damloup. Vu sa pente rapide, nous sommes vite fatigués car il ne faut pas s’amuser. Lorsque tout le monde fut en haut, nous nous blottissons du mieux que nous pouvons dans le boyau en attendant que la nuit fût venue. Mais, ce fut angoissant car les marmites nous arrivaient de toute part. Plusieurs hommes jetaient des cris de douleur. Ils étaient atteints par des obus. Nous nous portons en avant à 9 h ½ sous une pluie d’obus. Les Boches avaient aperçu un mouvement de troupes, aussi, ce fut avec des grandes difficultés que nous arrivons à l’ouvrage du fort de Vaux. Sur mon parcours, je trouvais déjà beaucoup de mes camarades blessés ou déchiquetés pas les obus, mais il n’y avait pas de temps à perdre. Il fallait arriver à la redoute du fort de Vaux. Enfin, vers 10h ½, nous étions arrivés, tout bouleversés, et tout essoufflés…. »

Carnet de guerre d'un allemand

16 août 1916

"Nous avons passé trois jours couchés dans les trous d’obus à voir la mort de près, à l’attendre à chaque instant. Et cela, sans la moindre goutte d’eau à boire et dans une horrible puanteur de cadavres. Un obus recouvre les cadavres de terre, un autre les exhume à nouveau. Quand on veut se creuser un abri, on tombe tout de suite sur des morts. Je faisais partie d’un groupe de camarades, et pourtant chacun ne priait que pour soi."

Carnet de guerre de Marceau NÉDONCELLE du 8e Zouaves

22 novembre 1916

« Ce matin, il pleut. »

« Le tableau que nous avons sous les yeux est tel qu’on se croirait transporté dans un autre pays. Partout entre les baraques, un pied de boue. Sur les routes, où défilent d’interminables convois d’autos, c’est une boue liquide qui vous arrose constamment. Et ces convois qui hier sur la gelée roulaient presque sans bruit, font maintenant un bruit d’enfer et ont des cahots épouvantables. »

« Là où sont cantonnés les trains de combat ou régimentaires, c’est encore pis. Là, la boue vous monte au mollet et ces pauvres chevaux n’osent même plus se coucher. Sur les routes qui vont vers l’avant, c’est épouvantable : ici une tombe ; là un cheval mort, plus loin une auto dans un fossé, une voiture avec une roue cassée. Et les routes défoncées, puis les hommes qui vont et viennent ne sont que des blocs de boue. Voilà ce qu’on appelle LA SOMME, voilà ce qu’on appelle LA GUERRE. »

 

 

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