Témoignages > Carnets de 1918


Carnet de guerre d'Émile POLY, infirmier, puis caporal aux 128e et 87e RI

1 février 1918, les Éparges, tranchée de Calonne

"Nous touchons une grosse ration de gniole, nous devinons ce qui va se passer. Une compagnie du 7e colonial vient prendre position à nos côtés dans la nuit, pendant que les crapouillots et nos 75 bombardent les tranchées d'en face."

"Nous réparons les boyaux complètement écrasés. Il pleut à torrent et sommes trempés jusqu'aux os. Nous n'avons plus rien d'humain et sommes décidés à nous faire tuer sur place."

Carnet de guerre d’Antoine LASPOUGEAS, des 103e et 265e RI

26 mai 1918, carrières de Sancy, Aisne

« Le matin, dès la pointe du jour, le bombardement a relâché un peu, car les boches avançaient et à huit heures du matin, ils nous avaient ramassé presque toutes les pièces d’artillerie. Alors là, nous avons reçu le premier choc ; ça a été un corps à corps terrible et le combat à la grenade, car c’est tout ce que l’on avait. Les boches étaient en plus grand nombre que nous, on comptait dix boches pour un français ; d’ailleurs on ne pouvait pas résister. »

Carnet de guerre de Marcel DECUGNIERE du 21e RI

14 juillet 1918, front de Champagne

« Journée calme. Le matin, évolution de nombreux avions. Toutes les nuits nous sommes alertés. Nous dormions tout équipés dans la sape. Il y a quelques jours nous avons reçu un ordre du jour du général : l’offensive allemande en Champagne est imminente. Le mot d’ordre est de tenir jusqu’au bout. Résister jusqu’à la mort interdit de se replier sur les lignes arrière, ce qui du reste était impossible et pour cause… Le soir même le capitaine commandant notre 7e compagnie vient nous visiter et nous répète les consignes : « Oui, nous sommes sacrifiés. Il faut résister à tout prix. Vaincre ou mourir. »

Carnet de guerre de Paul CHAMPDAVOINE, du 18e RI

17 juillet 1918, secteur Allemant, Aisne

« Il ne me répond pas, je lui touche le front, j’ai vu qu’il était bien mort. À ce moment il m’est venu à l’idée un certain plaisir, que tous les combattants excuseront, car beaucoup connaissent les souffrances de la soif et elles sont cruelles, c’était que j’allais pouvoir lui prendre son bidon et en boire le contenu. Je regarde, il n’avait pas de bidon mais il avait une peau de bouc comme presque tous les soldats pyrénéens, j’étais déjà content, je retourne un peu ce malheureux copain, mais la gourde était prise dans les branchages. Pas moyen de l’avoir. Alors je coupe la courroie et j’attire précipitamment l’objet de ma convoitise. Et là, cruelle désillusion, deux éclats d’obus l’avaient traversé et on voyait que le vin s’était répandu donc le pauvre vieux avait encore à boire au moment où il fut tué. »

 

 

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