Thématiques > L’Europe d'après-guerre


La crise à laquelle s'est trouvée confrontée l'Europe au lendemain de la Grande Guerre fut très difficile à gérer autant sur le plan démographique, politique, économique, social et culturel. Le monde politique s'inquiétait quant à savoir si ce déclin serait passager ou irréversible.

L’Europe est ruinée

Une Europe saignée, dépeuplée et en déclin sur le plan démographique :

  • Le nombre élevé de morts et le déficit des naissances eurent des effets durables sur 20 ans avant que le taux de naissance puisse à nouveau se stabiliser ;

  • Le nombre encore plus élevé de blessés et d'invalides ont provoqué un déséquilibre entre les sexes et une baisse active des hommes capables de pouvoir procréer.

Une Europe endettée sur le plan financier :

  • Le coût de la Grande Guerre peut être évalué à environ 1 005 milliards de dollars, dont les 3/4 à la charge de l'Europe ;

  • Il en résulte au lendemain du conflit dans tous les pays belligérants, un déficit de la balance commerciale et de la balance des capitaux, ainsi qu'un lourd endettement intérieur et extérieur des États aggravé par le coût de la reconstruction, et un affaiblissement des monnaies largement dévalorisées.

Une Europe dévastée sur le plan économique :

  • Les destructions ont affecté tous les secteurs de l'économie ;

  • Partout la production agricole et industrielle s'est effondrée, entraînant une situation de pénurie ;
  • La main d'œuvre fait défaut au moment même où il faut entreprendre la reconstruction ;
  • Les circuits commerciaux d'avant-guerre ont été désorganisés. En particulier l'Europe a perdu de nombreux marchés dans le monde, marchés difficiles à reconquérir en raison de la concurrence américaine et japonaise ;
  • La Grande Guerre semble avoir mis fin à la primauté de l'Europe dans le monde ;
  • Le centre de gravité du monde s'est déplacé hors d'Europe.

L’Europe reste profondément divisé

Les divisions sont idéologiques :

  • Les horreurs de la guerre et l'ampleur des pertes encourues entraînent un rejet des valeurs traditionnelles y compris des valeurs démocratiques, et une montée de l'individualisme, du scepticisme, de l'irrationnel ;
  • La révolution bolchevique et l’avènement de la Russie soviétique suscitent des réactions opposées ;

  • Les contrecoups de cette révolution entraînent partout une scission au sein du mouvement ouvrier opposant socialistes et communistes, et la peur du " péril rouge " constitue un terreau favorable à l'éclosion de mouvements nationalistes, voire fascistes.

Les divisions sont sociales :

  • La guerre a exaspéré les clivages sociaux. Un fossé s'est creusé entre les enrichis de la guerre, ceux qu'on appelle les " nouveaux riches ", et les laissé pour compte c'est-à-dire les salariés confrontés à la vie chère et au chômage, et les classes moyennes qui se sentent déclassées, prolétarisées par la dévalorisation des monnaies ;
  • Elle a généré des frustrations qui s'expriment à travers la multiplication des grèves, la montée de la violence, l'apparition de groupes paramilitaires.

Les divisions sont politiques :

  • Dans l'Allemagne vaincue, humiliée par le diktat de Versailles, s'installe une rancœur révisionniste et revancharde principalement tournée contre la France ;
  • Les pays vainqueurs ont bien du mal à surmonter leurs divisions : la rivalité franco-britannique s'affiche dans tous les domaines ; l'Italie se déclare frustrée par ce qu'elle considère être une " victoire mutilée " ;
  • L'émiettement de l'Europe centrale résultant du démembrement de l'Empire austro-hongrois et de la création de nouveaux États, n' a pas résolu le problème des minorités ethniques.


L’Europe perd la première place dans le monde

L’Europe est confrontée à l'émergence des pays neufs :

  • À la faveur de la Grande Guerre, l'hégémonie des États-Unis s'est affirmée dans tous les domaines ;
  • Seuls et grands vainqueurs de la guerre, les États-Unis et le Japon se posent désormais en concurrents de l'Europe.

L’Europe devient dépendante des États-Unis :

  • L’Europe qui était le banquier du monde est devenue dépendante sur :
    • Le plan financier et l'endettement vis-à-vis des États-Unis ;
    • Le plan monétaire qui a pour conséquence la suprématie du dollar sur la livre sterling ;
    • Le plan économique et l'aide américaine pour la reconstruction de l'Europe.

La puissance des métropoles européennes est ébranlée :

  • La guerre a aussi révélé la dépendance des métropoles vis-à-vis de leurs colonies : soldats, main d'œuvre, matières premières ;
  • Elle a réveillé le nationalisme indigène conforté par l'idéalisme wilsonien et la révolution bolchevique ;
  • Elle a déclenché un mouvement vers la décolonisation difficile à contenir.

Le déclin de l'Europe doit cependant être relativisé

La Grande Guerre a réduit la puissance de l'Europe, accéléré la montée de forces neuves et distendu ses liens avec le reste du monde, mais :

Ce déclin est passager :

  • Dès 1921, la reprise économique s'affirme. La reconstruction est bien avancée. La production retrouve et dépasse le niveau d'avant-guerre. Les échanges reprennent et l'Europe reconquiert une partie des marchés perdus pendant la guerre ;
  • La puissance coloniale de l'Europe se trouve renforcée par le système des mandats.

Ce déclin est limité :

  • L’Europe retrouve son potentiel économique. Elle conserve son influence politique et diplomatique, en raison du retour des États-Unis à l'isolationnisme ;

  • Son rayonnement culturel n'est pas entamé ;
  • Dans la plupart des pays européens, le déclin est sectoriel : surtout démographique en France et surtout économique au sein du Royaume-Uni.

Ce déclin est relatif :

  • L’Europe ne régresse pas. C'est l'essor des États-Unis et du Japon qui est devenu plus rapide ;
  • L’Europe doit désormais partager les marchés mondiaux avec de nouveaux venus.

L'avenir de l'Europe

Du fait du relatif effacement des États-Unis qui sont retournés à leur isolationnisme traditionnel. L’Europe a l'illusion en 1920 de rester au cœur de la scène diplomatique mondiale à travers la Société des Nations où elle est en position dominante.



Cette illusion, confortée par la prospérité retrouvée des années 1920, va pourtant bientôt se heurter à l'épreuve de la crise des années 1930 et d'une nouvelle guerre généralisée.



 

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