Thématiques > L'Europe d'avant-guerre


Après la guerre franco-prussienne de 1870-1871, l'Europe vécu une longue période de paix de quatre décennies, chose rare et favorable aux progrès économiques et techniques. Tous ces progrès touchent plus particulièrement la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche-Hongrie.

Les populations de cette époque sont très optimistes et insouciantes quant à l'avenir, grâce aux extraordinaires progrès techniques. Le positivisme et le scientisme font leur apparition. Cette période appelée, « La Belle Époque », se fait ressentir essentiellement sur les boulevards des capitales européennes, dans les cafés et les cabarets, dans les ateliers et les galeries d'art, dans les salles de concert et les salons fréquentés par une moyenne bourgeoisie qui profitent pleinement des progrès économiques.

L’hégémonie européenne

En 1913, l'économie mondiale est gouvernée principalement par l'Europe de l'Ouest, berceau d'une civilisation technique et scientifique. L’Europe occidentale représente une grande place financière rassemblant les pays industriels dominés par la livre sterling, monnaie également internationale. Le Royaume-Uni est donc le pivot de l'économie mondiale. Grâce à sa situation géographique, l'Allemagne, qui est devenue sous Bismarck et Guillaume II une grande nation industrielle et commerciale, joue un rôle de tout premier plan dans les développements en Europe.

Ces deux pays leaders entraînent dans leur sillage d'autres nations développées comme la France, la Belgique ou la Suisse. Face à ce bloc de prospérité, d'autres pays sont bien moins avantagés sur le plan économique. Hors d'Europe, les États-Unis et le Japon connaissent une industrialisation rapide. Mais, à la veille de la Grande Guerre, les Américains ne sont pas encore la grande puissance mondiale que nous connaissons aujourd'hui.

Les empires coloniaux

Le reste du monde est, plus ou moins, sous la domination de quelques puissances européennes qui se partagent de vastes empires coloniaux situés principalement en Afrique et en Extrême-Orient.

L’Afrique du Nord

  • Cette partie du continent africain est dominée par l'Islam. Les Turcs y exercent une grande influence. Mais depuis le XIXe siècle, on assiste à une lente décadence de l'Empire ottoman laissant place aux impérialismes occidentaux, y compris allemand. De leur côté, les Britanniques occupent l'Égypte depuis 1882.

L’Afrique noire

  • Les grandes nations européennes se partagent territoires et richesses selon un ordre qui résulte plus d'un rapport de forces entre pays impérialistes plutôt que d'une stratégie rationnelle et planifiée.


Le reste du monde

  • Hormis l'Empire britannique qui possédait des colonies sur chaque continent, les autres puissances européennes étaient principalement stationnées en Asie du Sud-Est.


Le Kaiser et le péril jaune

Vers la fin de l'année 1895, l'Europe est atterrée par la victoire fulgurante que l'Empire du Japon a obtenue sur l'Empire chinois en moins d'un an. Cette guerre sino-japonaise est née suite à une querelle entre les deux empires pour le contrôle de la Corée. Suite à sa défaite, l'Empire chinois cède l'île de Formose, l'archipel des Pescadores et la presqu'île de Liaodong à l'Empire du Japon. Les Chinois abandonnent également sa suzeraineté sur la Corée.

Le Kaiser, Guillaume II pense alors qu'il est le seul à comprendre cet événement de taille. Après réflexions et concertations, L’Empire allemand, la France et l'Empire russe s'unissent afin de force les Japonais à céder une grande partie des territoires conquis au sein de l'Empire chinois. Ainsi donc, les Japonais n'obtiennent pas tous les territoires convoités. Les Russes occupent ainsi une partie de la Mandchourie, les Allemands s'installent sur la base navale de Tsing-tao et les Français prennent pied à Hankou.

Malgré cette présence européenne en Asie, Guillaume II ne peut s'empêcher de croire que son rôle est de préserver l'équilibre de l'Europe et de défendre celle-ci de la déferlante jaune. D'après lui, seuls les chefs dynastiques sont capables de gérer les affaires internationales mais nombreux sont ceux avec qui il ne peut s'entendre.

Toujours d'après Guillaume II, son oncle, le roi Edouard d’Angleterre, le déteste. L’Empereur François-Joseph d'Autriche appartient à une autre génération et devient sénile. La France n'a pas de chef qui vaille la peine de vouloir discuter. Il ne reste que l'Empereur Nicolas II de Russie qui est son ami et avec qui il est possible de discuter même s'il n'a pas son niveau d'intelligence, pense-t-il.

Très fier de sa nouvelle base navale sur le Pacifique, Guillaume II s'engage dans un vaste programme destiné à faire de l'Empire allemand une puissance maritime de premier plan. Il a dans l'idée d'acheter une île ou un port au large des Amériques.

Il regarde alors du côté du Mexique et tente d'acheter l'île de Santa Margarita. La vente échoue par l'entremise d'un avocat américain qui comprend rapidement la combine et averti son gouvernement qui fait capoter la vente. Le Kaiser est alors très contrarié de ne pouvoir acquérir une île ni au Mexique ni dans les autres pays d'Amérique centrale et latine.

La même année, la vanité du Kaiser a encore à souffrir d'une seconde déconvenue lorsqu'il apprend que les Britanniques ont comploté une alliance avec l'Empire du Japon. Le Kaiser se sent alors trahi et ne cesse de penser que tout le monde est contre lui. De plus, il montre une haine féroce vis-à-vis des Britanniques et en même temps il les admire dans son fort intérieur. Dans son délire de la persécution, il tremble en pensant que son empire est complètement encerclé d'un côté par les Russes et de l'autre côté par les Français et les Britanniques.

Dans les efforts que déploie Guillaume II pour orienter les Russes vers l'est, il tente de convaincre Nicolas II qu'il doit défendre l'Europe contre les invasions de " l'immense race jaune ". Guillaume II s'engage même à défendre les arrières de l'empire russe durant leurs combats contre les jaunes. Nicolas II convaincu de son nouveau rôle entre en guerre contre l'Empire du Japon suite à un incident mineur.

Malheureusement pour Guillaume II, la guerre russo-japonaise (1904-1905) tourne rapidement à l'avantage des Japonais. Du coup, Guillaume II ne sait plus s'il doit considérer les Japonais comme un ennemi ou comme un allié naturel potentiel pour l'aider à sortir de son encerclement imaginaire.

Deux ans plus tard, en 1907, un informateur privé apprend au Kaiser qu'un complot japonais visant à s'emparer du canal de Panama, appartenant aux Américains depuis 1906, est en cours. D'après lui, dix mille soldats japonais sont déjà à pied d’œuvre au Mexique. Le Kaiser s'imagine alors l'effet  que cette nouvelle aurait sur le président américain. Le président Roosevelt serait bien obligé d'admettre la réalité du péril jaune, à l'égard duquel le Kaiser avait déjà mis en garde le monde occidental. Il s'imagine aussi les batailles au corps à corps entre les Américains et les Japonais sur le territoire mexicain. Dès l'instant où les Américains envahiraient le Mexique, les anti-yankees d'Amérique latine se réveilleraient à leur tour. Cela provoquerait la fin de la domination américaine sur le continent. La grande Allemagne aurait alors le champ libre pour développer le commerce avec tous ces pays.

Pour que tout se déroule selon les plans de Guillaume II, il faut informer les Américains de la présence de soldats japonais non loin de leur frontière. Le Kaiser donne alors une interview dans un journal américain afin de prévenir le danger qui menace le peuple américain d'une invasion japonaise en provenance du Mexique. Malgré cette annonce fracassante, le président Roosevelt ne réagit que partiellement et surtout n’envoie pas d'armées au Mexique. Le Kaiser est une nouvelle fois contrarié par ce manque de réaction. Pour persuader les Américains de la véracité de ces déclarations, un espion allemand est envoyé à Paris en 1911 dont la mission consiste à dérober le plan secret que le ministre des finances mexicain est, croit-on, occupé à négocier avec des agents japonais.

Quelques semaines plus tard, les Allemands déclarent que leur espion a accomplit sa mission avec succès et une copie du pacte secret, entre le Mexique et le Japon, était entre les mains de l'ambassadeur américain au Mexique, Henry Lane Wilson. De-là, la rumeur fait rage et le président américain Taft, successeur de Roosevelt, finit par mobiliser, le 06 mars 1911, 20 000 soldats sur la frontière mexicaine. Le Texas et les États frontaliers sont alors en effervescence. Publiquement, l'ambassadeur Wilson ne peut rien faire pour endiguer cette rumeur galopante. Dans le privé, il déclare au département d'État n'avoir reçu aucun pacte secret !

Tout cela est donc bien une invention allemande. Le président Taft n'a aucunement l'intention d'envahir le Mexique pour chasser des soi-disant des troupes japonaises stationnées dans la jungle. La question de savoir si ce pacte a réellement existé demeure à ce jour sans réponse. Par contre, les Allemands ont réussi à persuader les Américains qu'une action mexicano-japonaise contre les États-Unis reste possible. Le piège est déjà tout prêt pour Zimmermann et son fameux télégramme.

 

 

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