Thématiques > Les espions et espionnes de la guerre


Depuis que la guerre est guerre, l'espionne militaire existe. Seuls les gadgets des espions ont changé avec le temps et grâce aux progrès techniques et technologiques. En revanche, ce qui ne change pas, c'est la figure négative que représente l'espion aux yeux de l'opinion publique qui voit l'espionnage comme une pratique réalisée par des gens anormaux. Du côté des militaires des deux camps, les espions n'inspirent aucune confiance et il faudra un certain temps et des renseignements de première importance avant que les États-majors ne commencent à véritablement prendre en compte les renseignements provenant des espions.

Bureau n°5

Pourtant ces espions risquent leur vie quotidiennement pour tenter d'obtenir des renseignements qui pourraient influencer le sort incertain d'une bataille, qui pourraient sauver de nombreuses vies en prévenant suffisamment à temps qu'une offensive ennemie va avoir lieu, etc. Sans uniformes, les espions ne sont pas traitées comme des soldats, mais comme des traîtres. Arrêtées, ils sont traduits en Conseil de guerre et nombre d’entre eux sont jugées, condamnées à mort, à la prison ou aux travaux forcés. Longtemps après la fin du conflit, la France a reconnu avoir capturé 3 300 espions ennemis dont 100 ont été fusillés, 170 condamnées aux travaux forcés, 220 à des peines de prison et 2 800 ont été interné ou expulsé du territoire français. Du côté allemand, le colonel Nicolaï, responsable du renseignement allemand, rapporta qu'environ 250 espions alliés ont été fusillés lors du conflit. Ces chiffres ne tiennent pas compte des centaines d’hommes et de femmes sommairement exécutés, disparus sans laisser de traces.

Espion fusillé

Les services secrets jouent pourtant un rôle important dans l’élaboration de la stratégie des alliés et dans la protection de leurs pays. Tous les belligérants utilisent des espions sans toujours les respecter, ni les récompenser des risques encourus : pensions, décorations, célébrations ne récompensent pas tous les espions. Les motivations des espions varient, mais les récits marquent tous l’amour de la patrie, souvent le dévouement dû à la religion, également la haine de l’ennemi qui les opprime. L’appât du gain joue aussi un rôle. Les services secrets français paient 40 à 50 francs par mois les observateurs et 5 francs par renseignement fournis. En comparaison, un ouvrier moyen peut toucher jusqu'à 110 francs par mois.

Espion fusillé

Au total, ce n'est pas moins xx espions qui servent durant la Grande Guerre.

Les espions deviennent des agents

Avec la Grande Guerre, les espions vont devenir des agents de renseignement à part entière. En plus d'espionner l'ennemi, les espions doivent désormais interroger des prisonniers, analyser la presse nationale et étrangère, analyser les courriers et rédiger des notes ou des rapports. On estime que moins de 10% des espions d'un bureau de renseignement sont sur le terrain. Parmi ces 10% d'espions devenant agents, il y a des agents mobiles et des agents fixes servant souvent de « boîtes à lettres » en territoire neutre ou ennemi. L'agent simple ne sert qu'un seul camp, tandis que l'agent double en sert deux. Certains agents doubles font semblant d'être agent double.

Mata-Hari

Les 90 % des autres espions s'occupent du travail plus "administratif" tout aussi important.  Ces hommes et ses femmes ont une maîtrise parfaite de plusieurs langues. Ils connaissent également le monde des affaires. Certains sont des techniciens spécialisés capables d'analyser un engin ennemi capturé ou abattu. C'est le cas du français Gustave Crouvezier, technicien de l'aviation militaire intégré au service de renseignement. D'autres sont des mathématiciens qui tentent de percer les codes ennemis afin de décrypter leurs messages.

Les gadgets des agents

À la veille de la Grande Guerre, les agents possèdent déjà quelques gadgets dans leur sac à malices. Car même en temps de paix, on espionne déjà les ennemis de demain. Ainsi les encres secrètes, les correspondances indirectes, les déguisements et les faux passeports sont déjà bien connus des différents services d'espionnage. Au fil des mois que dure la guerre, dans le cadre de l’âpre guerre secrète qui oppose les belligérants à l’espionnage de l'adversaire et au contre-espionnage, les services de renseignements s’ingénient à trouver des parades, mais aussi à copier les techniques et outils de leurs adversaires, accroissant du même coup le volume des objets mis à la disposition de leurs agents.

Les faux papiers

Chaque agent français possède sa carte d'identification qui sert de laissez-passer de France en Angleterre et d'Angleterre aux Pays-Bas. Outre cette carte, il possède de faux papiers lui permettant d'entrer en territoire ennemi. Au début du conflit, l'espion utilise des papiers d’identité authentiques, saisis sur des déserteurs allemands. Il suffit de changer les photographies et d’imiter les signatures. Mais cette solution de pis-aller s’avère rapidement insuffisante. De nouvelles pièces administratives sont en effet créées par l’occupant et rendent caduques les anciens documents. Les faux papiers deviennent indispensables pour ces agents qui doivent rester le plus discret possible sous peine de voir leur mission compromise. Des ateliers clandestins de faux documents administratifs sont ainsi créés par les services de renseignement franco-britanniques. Des photographes sont même engagés en zone occupée pour tirer les portraits des agents fraîchement arrivés, ceci afin de pouvoir compléter leurs documents au plus vite.

Laissez-passer

Les appareils photographiques

Les services de renseignement préfèrent de loin recevoir des documents originaux ou qualifiés comme tels. Cette méfiance vis-à-vis des rapports oraux réside dans l’immoralité de certains agents doubles ou non. Ainsi l'appareil photographique va devenir le gadget indispensable des agents de terrain. Toute la difficulté est alors de savoir dissimuler l'appareil photographique et de ne pas se faire repérer lors de la prise de photos. Même si l'appareil photographique est miniaturisé au maximum avec les technologies de l'époque, il n'en reste pas moins que c'est l'ingéniosité de l'agent à camoufler son appareil qui en fait un bon agent de terrain.

Appareil photo gousset

Ainsi, certains agents dissimulent leur appareil photographique dans des montres goussets. L’objectif est dans le remontoir, et le déclic se produit par une pression sur le boîtier.  La pellicule permet de prendre 37 clichés. Un petit viseur mobile s’adaptait au sommet du boîtier pour photographier les lettres, les documents et les plans. Roulée dans un minuscule tube métallique, la pellicule est ensuite transportée dans la bouche et avalée en cas d’arrestation.

Les armes

Le choix des armes utilisées par l'agent en mission dépend essentiellement de sa mission. Pour certaines missions comme le passage d'une frontière, une bêche est la meilleure arme à emporter. Pour les passeurs belges, c'est le browning qui prime. Chaque agent porte en revanche un couteau qui se révèle très utile dans les combats rapprochés, en cas de tentative d’arrestation ou pour l’élimination discrète d’un espion ennemi. Le poison, lors des missions d’élimination physique, est assez répandu.

Browning M1910

Pour les sabotages, l'agent emploi du TNT remplacé, dès 1916, par des pains de mélinite de 300 à 500 g. Ces explosifs sont introduits en Allemagne dans des sacs de farine, à l’intérieur de miches de pain ou dans des caisses de fruits importées d’Italie. À la différence des espions anglais et allemands, les agents français ne sont pas systématiquement dotés d’engins incendiaires chimiques à minuterie tels que les stylos incendiaires.

À toutes ces armes, il ne faut pas oublier d'ajouter l’emploi, par certains agents allemands, de l’arme biologique dans le cadre de la politique de restriction alimentaire des empires centraux. Ainsi, des agents allemands tentent d'éliminer le cheptel français, à l'aide du microbe de la morve, en empoisonnant les abreuvoirs.

Les déguisements

Bien que dépassé depuis longtemps, le déguisement est encore utilisé lorsque des agents doivent approcher des lieux très surveillés ou qu'ils veulent se confondre dans la masse.  Ainsi, l’agent Birckel qui recueille deux soldats français en fuite les déguise rapidement en paysans pour les fondre dans la population et les aider à regagner les lignes alliées. Malgré ces quelques cas avérés, on note l’abandon progressif des déguisements. Il s’agit avant tout de faire preuve de prudence.

Les matériels de transmission

Une fois le renseignement acquis, la partie la plus délicate reste à faire. Il doit parvenir à temps au bureau de renseignement pour qu’il soit d’une quelconque utilité. Avant son départ en mission, chaque agent connait la date à laquelle le renseignement qu’il est chargé de rechercher cessera d’être utile. La façon la plus simple et la moins risquée de transmettre un renseignement est encore, pour un agent, de se servir de la valise diplomatique ou d’utiliser les petites annonces des journaux en utilisant un code spécifique. Tout dépend en fait de l’urgence de la transmission. Plus un agent disposera de délais et moins il prendra de risques.

Journal

Expédier un renseignement fait une large place à l’improvisation et ne nécessite pas toujours l’emploi d’un matériel spécifique. Chaque agent possède ses propres moyens : signaux optiques ou lumineux, ballonnets portés par le vent, chiens dressés, fils téléphoniques branchés sur le réseau existant, poissons morts ou objets creux suivant le fil des rivières, etc. D’autres subterfuges plus élaborés existent comme l’usage conjoint des codes et des encres secrètes qui permettent de poster simplement les rapports dans les boîtes du service postal du pays espionné.

Chien espion

Aussi, lorsqu’’une offensive est programmée, l’ennemi interrompt la diffusion du courrier postal. Avec la stabilisation des fronts et l’accroissement des mesures de surveillance mises en place par l’ennemi, les agents doivent plus fréquemment franchir les lignes et les frontières pour faire transmettre à temps leurs renseignements. C'est à ce moment-là que la plupart des agents se font capturer.

Savoir bien dissimuler un message devient donc une nécessité urgente, vitale même. Les stratagèmes les plus variés sont employés pour soustraire les documents à une fouille des bagages et à un examen corporel minutieux. Là encore, les stratagèmes ne manquent pas : message dans du pain qui peut être avalé en cas d'arrestation, dans des pots à lait à double paroi, entre deux cartes postales collées l’une sur l’autre, sur un papier d’emballage graisseux ou sur une chemise sale portant au col un message à l’encre sympathique.

Chiffrement

L’agent doit transmettre l’intégralité des renseignements en sa possession, chaque détail pouvant avoir son importance, mais sous une forme très synthétique, puisque dans un format le plus réduit possible. C’est un vrai défi intellectuel et technique. Le développement conjoint du chiffrement et de la photographie entre 1914 et 1918 réduise l’encombrement des messages et facilite leur transmission. La microphotographie permet en effet de faire tenir le contenu d’une feuille de papier sur une surface de 1 mm².

Les moyens particuliers

Les missions spéciales, qui consistent à déposer l'agent (appelé le missionnaire) derrière les lignes ennemies par parachutage, imposent des moyens particuliers tout en restant légers, compte tenu de la capacité d’emport restreinte des avions de l’époque. Chaque missionnaire porte sur lui un couteau, un revolver, des billets de banque du pays, des pièces d'or qui permettent tout type d'aide ou d'échange. Le missionnaire est aussi équipé d'un panier contenant entre 6 à 10 pigeons voyageurs ainsi que d'un sac à dos dont le contenu varie en fonction de la nature et la durée de sa mission.

Pigeons

Habituellement, ce sac contient des vivres (conserves, chocolat, biscuits, lait sucré) qui permettent d’éviter tout contact avec la population pendant la mission et ainsi d’empêcher les dénonciations. Il contient également des vêtements civils, deux boîtes de fer étanches contenant des pétards de TNT ou plus tard des pains de mélinite, une pince universelle pour sertir les détonateurs, de la mèche lente, deux cordeaux détonants métalliques remplis de mélinite, des crochets de fixation pour solidariser les charges aux rails, une carabine et des cartouches, du poivre pour dépister les chiens, une boussole, des cartes et une lampe électrique.

Boussole gousset

En général, le missionnaire possède des faux papiers grâce auxquels ils usurpent l’identité d’un habitant de la contrée dans laquelle il évolue. Ces documents ont pourtant une valeur protectrice très aléatoire, compte tenu de l’exaspération des Allemands et surtout de la présence des pigeons voyageurs, synonyme d’espionnage pour l’occupant.

Les postes de télégraphie sans fil

Afin d'accéler la transmission des renseignements, les État-majors, choisissant de faire confiance au progrès technique, s’orientent de façon progressive vers l’envoi des renseignements par les ondes. Si ce concept est novateur, il se heurte à des difficultés techniques qui en restreignent l’importance. En février 1916, les émetteurs ne portent qu’à 6 km. En avril 1918, la portée est seulement de 50km. Pour palier à cette limite, de nombreux postes sont remis à des habitants dignes de confiance et susceptibles de transmettre des renseignements jusqu'aux bureaux de renseignement. À la fin du conflit, la portée de la TSF sera de 250 km.

TSF

Les espionnes

Les services secrets britanniques et français utilisent leurs espions dans des domaines très différents. Cela va de l'espionnage militaire, économique et même stratégique. Ces espions opèrent dans leur propre pays ou à l’étranger.

Les espionnes ne fournissent pas le même travail comme le prouvent les récits de leurs souvenirs ou de ceux qui ont écrit pour elles après leur mort. Leur recrutement, leurs motivations diffèrent souvent. Issues de familles riches ou de grandes familles catholiques, les jeunes femmes belges parlent l’allemand. La Croix-Rouge leur permet très vite de travailler comme infirmières, d’organiser des contacts et la distribution de courriers entre soldats du front et familles réfugiées ou vivant dans les territoires occupés. Cette action est soutenue par le roi Albert Ier dans l’association du Mot du Soldat.

Edith Cavell

Ces femmes sont ainsi à même de recueillir de nombreux renseignements auprès des blessés allemands mais aussi français et belges et auprès de la population. Celles qui sont recrutées par un service secret français ou britannique, sont envoyées à Londres ou à Folkestone pour un stage de formation rapide de huit à dix jours, pour apprendre les rudiments du métier et recruter de nouveaux membres.

Mais d’autres femmes, en Belgique, de milieux simples et travaillant en famille se relaient pour surveiller 24h sur 24, tous les mouvements des troupes allemandes par air et par terre, apprenant à remplir des fiches d’une grande précision, emportées aux Pays-Bas par des passeurs agréés par les services français ou britanniques. Elles refusent le nom d’espionne pour celui d’agent secret et réclament fréquemment d’être incorporées dans l’armée pour avoir un statut militaire et donc reconnu. L’engagement des espionnes est différent selon les services alliés qui les emploient. Les infirmières espionnes représentent 30 % des réseaux en Belgique.

Croix Rouge

Les espions et les espionnes célèbres

 

 

Retour

Haut de page