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Une technique ancestrale

Cette technique de guerre remonte à l'Antiquité où les armées romaines en ont fait usage lors du siège d'Ambracia en Grèce. Au Moyen-âge, le premier tunnel de sape est utilisé par les musulmans dès le XII siècle dans le cadre des Croisades. Les combats de mines offraient dans les sièges une bonne occasion de donner des preuves de courage. Les mines consistaient alors en de vastes galeries creusées sous la fortification que l'on voulait détruire. Le terrain était soutenu par des étançons de bois, auxquels les mineurs mettaient le feu en se retirant.

Durant la guerre de sécession américaine, les soldats de l'Union creusèrent un tunnel sous les lignes confédérées et les emplirent de grandes quantités de poudre. C'était lors du siège de Petersburg qui se déroula du 15 juin 1864 au 25 mars 1865. L'explosion tua plus de 300 soldats confédérés.

En 1914, la guerre des mines consiste à creuser des galeries sous le no man's land jusqu'aux lignes ennemies et ensuite à les faire sauter à l'aide d'explosifs. Cette technique réapparaît avec la stabilisation des fronts et la guerre des tranchées dès la fin de l'année 1914.

Les premiers sapeurs

Dès 1908, les Allemands, qui ont observé de très prêt le conflit russo-japonais, ont compris l"intérêt des mines en cas d'enlisement du conflit. Sur base de leurs observations, ils ont créé et entraînés des bataillons de forteresse spécialisés à la sape. Mais les premiers militaires à s'intéresser à la sape sont les Britanniques qui organisent des entraînements au siège dès 1907. Les hommes du génie redécouvrent ainsi les principes de base du travail sous terre et pensent à réintroduire le métier de mineur au sein du génie militaire. De leur côté, les autorités militaires française n'accordent que peu d'importance au combat de siège. Ils veulent des batailles de mouvements et rien d'autres. Malgré tout, certains officiers français pensent sérieusement à l'emploi de mineurs en cas de stabilisation du front.

Une technique peu connue

La guerre des mines est une partie du conflit qui est restée peu connue de part le fait que les combattants souterrains ont fait preuve d'une grande discrétion aussi bien dans leurs galeries que dans leurs témoignages. De plus, la guerre souterraine n'a suscité que peu d'études et d'ouvrages durant l'entre-deux-guerres. On peut néanmoins dire que la guerre des mines se déroula essentiellement sur le front Ouest et plus particulièrement en Belgique et en France. Sur le front Est, ce phénomène reste peu utilisé.

La guerre des mines utilise des techniques d'extraction pour creuser des tunnels sous les positions ennemies et ainsi les détruire à l'aide de charges plus ou moins puissantes. Au début, seules de petites charges de quelques dizaines de kilogrammes sont utilisées. Avec le temps ces charges vont augmenter jusqu'à atteindre 60 000 kilogrammes.  Cette guerre souterraine est menée jusqu'à 100 m de profondeur. Les Allemands sont les premiers à se rendre compte que la géologie influe sur les travaux du sous-sol. Ainsi des géologues militaires sont envoyés sur les champs de bataille pour conseiller les mineurs dans le percement des galeries et dans la manière d'effectuer la mise à feu d'une charge en sous-sol en fonction des roches.

Pour mener à bien cette guerre souterraine, chaque belligérant fait appel à des ingénieurs, des géologues et des mineurs. On estime à plus de 100 000 hommes, le nombre de combattants souterrains présents sur tous les fronts et sur l'ensemble du conflit. Lorsqu'un des belligérants a recours aux mines, l'autre doit soit libérer le terrain, soit prendre des contre-mesures sous terre pour ne pas risquer d'être victime des explosions. Globalement, les galeries de mine offensives ou défensives ont toutes les deux le même but, à savoir détruire le dispositif ennemi et de protéger sa position. Les mines offensives servent à détruire la position de l'ennemi tandis que les mines défensives servent à détruire les galeries de mines ennemies à l'aide de petites charges.

L'attaquant tente de creuser une ou plusieurs mines sous les ligne ennemies afin d'y placer des explosifs qui devront réduire au silence les soldats cachés dans leurs tranchées. Le défenseur qui utilise les mines pour se défendre, commence par creuser des galeries pour déterminer les activités de l'ennemi en écoutant les bruits que l'ennemi produit lors de ses travaux souterrains. Les soldats des galeries d'écoute disposent au début de simples appareils mécaniques. Ensuite, ils seront équipés d'appareils électriques qui permettront de repérer avec exactitude la direction, la distance et la profondeur des travaux de l'ennemi. Lorsque cela est possible, le défenseur essaie de détruire les galeries de l'ennemi à l'aide de faibles explosifs appelés camouflets.

Une technique en constante évolution

Au début du conflit, l'explosif le plus utilisé est la poudre noire. Rapidement, il est remplacé par des explosifs produits par l'industrie chimique. C'est ainsi que les Anglais utilisent de préférence l'ammonal, les Français, la cheddite ou la mélinite et les Allemands, la westfalite. La poudre noire ou poudre à canon est un mélange déflagrant de salpêtre, de soufre et de charbon de bois.  Les explosifs chimiques sont plus puissants, mais aussi beaucoup plus instables. L'Ammonal est relativement stable quand il est maintenu au sec, mais peut se dégrader à cause du caractère très hygroscopique du nitrate d'ammonium.

La forme et la taille des tunnels varient selon les armées. Les Britanniques adoptent une taille standard de 4 pieds 10 pouces en hauteur et 2 pieds 9 pouces en largeur pour les tunnels forés dans la craie compacte. Quant aux Français, ils utilisent plusieurs dimensions selon l'endroit dans la mine. Par exemple, dans une galerie majeure, la hauteur est de 2m pour une largueur de 2,10m. Dans une grande galerie, la hauteur est de 1,80 m pour 1 m de large. Et dans une demi-galerie, la hauteur est de 1,30m pour 1m de large. Ainsi, dans la Somme, les Britanniques qui reprendront une partie du front précédemment tenue par les Français estimeront que leurs tunnels doivent être élargis. Les Australiens, eux, critiqueront la petite taille des galeries britanniques.

Concernant les percements, on observe là encore des différences selon les belligérants. Pour les Allemands, le creusement se fait au pic et à la pioche, mais aussi en installant des perforateurs à air comprimé. Les Français restent aux outils manuels, tandis que les Britanniques utilisent une méthode ayant fait ses preuves lors du creusement des tunnels du métro de Londres, le "clay kicking". La technique du clay kicking cumule vitesse et discrétion mais requiert de travailler dans des couches argileuses.

Les premiers tunnels sont creusés en commençant en arrière du front généralement avec une entrée assez discrète. Ces tunnels sont connectés transversalement pour reproduire un front souterrain. De là partent des tunnels d’attaque, eux-mêmes prolongés par des "rameaux de combat" de moindres dimensions. Au bout des rameaux sont creusées des chambres (fourneaux de mines) où seront entassés les explosifs.

Les galeries ne dépassent généralement pas 40 mètres à cause des problèmes de ventilation. Cependant dans certains cas, les galeries peuvent s’étirer jusqu'à 150 mètres et nécessitent l’emploi d’une ventilation artificielle.

Les Français utilisent des appareils de ventilation bruyants parfois actionnés par des hommes alors que les Allemands possèdent déjà des appareils électriques ou à vapeur beaucoup plus silencieux. Les Allemands sont d’ailleurs très en avance sur le matériel utilisé. Ils emploient notamment des lampes électriques et parfois aussi des appareils de forage électrique alors que côté français l’utilisation de la lampe à acétylène reste souveraine.

L'ennemi dispose de 2 contre-mesures pour détecter la présence d'un tunnel sous ces tranchées. La première méthode de défense est de détecter les travaux souterrains de l'ennemi. Pour ce faire, des rameux de combat sont creusés pour servir de postes d'écoute. Là, un guetteur va essayer de discerner les bruits indiquant le percement d'un tunnel.

L'écoute se fait d'abord à l'oreille nue. Ensuite à l'aide de dispositifs improvisés destinés à amplifier les sons, comme une jarre remplie d'eau à la surface de laquelle le guetteur pose son oreille. Avec le temps et les avancées techniques apparaîtront des écouteurs ressemblant aux premiers des stéthoscopes. La propagation des sons permet une détection à quelques dizaines de mètres ; cette distance étant dépendante de la nature du sol et de la technique utilisée par les sapeurs ennemis.

Une fois la galerie ennemie détectée, en direction et en profondeur, la méthode la plus utilisée par les différents belligérants est de faire jouer une contre-mine. Le but est autant de faire s'effondrer la galerie visée que de rendre instable cette partie du sous-sol, interdisant de continuer à creuser. Un camouflet est une contre-mine de petite puissance. L'explosif étant placé, par exemple, au fond du trou percé par une tarière.

Pour tenter d'éviter les contre-mesures de l'ennemi, diverses techniques sont utilisées. En premier lieu, limiter le bruit du creusement. Cela peut être obtenu, par exemple, en évitant les marteaux-piqueurs, en utilisant les méthodes les moins bruyantes comme le "clay kicking".

En deuxième lieu, en évitant le bruit associé à l'évacuation des déblais. Cela peut aller de l'utilisation de wagonnets avec des roues caoutchoutées à un épandage discret et éloigné des galeries de débris crayeux. En dernier lieu, de masquer les bruits de creusement de la galerie d'attaque, profonde, par ceux d'une galerie plus près de la surface. La fin des travaux, indiquant que le fourneau est en train d'être chargé, peut être masquée par des travaux bruyants continués sur la galerie destinée à masquer.

Les plus grandes explosions de mines

La plus grande explosion eut lieu sur la crête de Messines, au  sud d'Ypres le 7 juin 1917. Il fallut aux sapeurs britanniques, canadiens et australiens plus de 6 mois pour percer 7 km de galeries sous les tranchées allemandes. 19 fourneaux de mines furent creusés et 500 tonnes d'explosifs furent placées.

À 03h10, le 7 juin 1917, 17 des 19 fourneaux explosèrent en même temps. L'effet fut terrifiant au point que la crête tout entière se souleva. Pour les Allemands se trouvant au-dessus, ce fut comme si l'enfer s'ouvrait sous leurs pieds. Plus de 10 000 soldats allemands furent tués par l'onde de choc ou enterrés vivants. Près de 7 000 autres furent capturés. L'une des explosions forma un cratère de 430m de diamètre.

D'autres explosions de mines ravagèrent des tranchées sur le front ouest. La crête des Éparges fut particulièrement touchée en 1915. La butte de Vauquois, entre Verdun et l'Argonne, fut un véritable laboratoire d'expérimentation. En mai 1916, une mine allemande de 50 tonnes explosa sur la face ouest de la butte créant un immense cratère encore visible aujourd'hui.

Malgré quelques explosions très impressionnantes, les mines ne  sont ni d'une grande utilité ni d'une grande efficacité. Dangereuse à manipuler, nécessitant de grandes quantités de matériaux et n’occasionnant que peu de gains de terrain pour beaucoup de dégâts de surface et humains, cette technique de combat est abandonnée dès la fin de la Grande Guerre.

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