Thématiques > Les révoltes > La révolte arabe


La grande révolte arabe de 1916 fit suite aux promesses britanniques visant à encourager la création d'un grand royaume arabe. Dans l’esprit des décideurs britanniques, la formation d’un tel État, revanche arabe après des siècles de domination ottomane, s’entendait comme une récompense à terme pour l’aide que les Arabes pourraient accorder à Londres dans les opérations menées contre les Ottomans, entrés en guerre contre les puissances de l’Entente, à la fin de l’année 1914.

La situation géographique


 

 

 

Les promesses

En 1915, en même temps que des négociations sont entamées entre le chérif Hussein de La Mecque et la Grande-Bretagne, cette dernière négocie avec la France le partage des provinces arabes de l’Empire ottoman. Les Arabes, en particulier Hussein, chérif de la Mecque, furent approchés par des émissaires, en particulier le colonel Thomas Edward Lawrence, de l’Arab Bureau du Caire. De leur côté les Français les encouragent également, en leur envoyant le lieutenant-colonel Édouard Brémond, un officier colonial.

Tandis que les Puissances centrales, Allemagne et Autriche-Hongrie, alliées de l’Empire ottoman, tentaient également d’attirer à elles les Arabes pour conserver leur neutralité, voire pour obtenir leur participation aux combats contre les Français et les Anglais, puissances coloniales. Séduits par la réalisation de ce vieux rêve de la restauration de la grandeur arabe, encouragé par des apports monétaires et militaires, Hussein et ses Bédouins passèrent à l’action en juin 1916. Le soulèvement contre les Turcs se traduisit par le siège de places fortes (Médine) et par une progression en direction du nord, vers la Transjordanie puis la Syrie, en parallèle aux efforts britanniques (troupes australiennes et néo-zélandaises) à partir du Sinaï, vers la Palestine.

Les principaux faits d’armes des troupes arabes furent le sabotage du chemin de fer du Hedjaz et l’attaque de ses principales gares, la prise d’Aqaba (juin 1917), mais surtout celle de Damas en septembre 1918. Cette dernière fut concédée par Londres, pour satisfaire symboliquement Hussein, avec une entrée triomphale de son fils Fayçal.

L'arnaque

Les négociations commencèrent en novembre 1915 et sont menées par François Georges-Picot, ancien consul de France à Beyrouth et délégué à l’ambassade de France à Londres, et par sir Mark Sykes, parlementaire britannique et spécialiste de l’Empire ottoman.

Pour la France, les négociations portèrent sur la Syrie naturelle, territoire s’étendant de la Cilicie au Sinaï, et du littoral méditerranéen à Mossoul. Sykes de son côté, et comme promis à Hussein de La Mecque, estima que la zone française ne pouvait s’étendre que sur la Syrie du nord, car les villes de Damas, Homs, Hama et Alep étaient réservées à Hussein, et la Palestine à la Grande-Bretagne. La France se rangeât aux arguments britanniques concernant les quatre villes syriennes qui feront partie du royaume arabe, mais sur lequel la France aura une zone d’influence. En revanche, la France refusa que la Palestine soit sous domination britannique. Elle accepta néanmoins le principe de l’internationalisation de la Palestine.

Négociés par Sykes et Georges-Picot, les accords qui portèrent leurs noms font l’objet d’un échange de lettres entre l’ambassadeur de France à Londres Paul Cambon et le ministre britannique des Affaires étrangères sir Edward Grey. Après plusieurs propositions, un accord franco-britannique fut trouvé : l’accord du 16 mai 1916 divisa la Syrie et la Mésopotamie en cinq zones : une zone bleue (Syrie littorale et Cilicie) sur laquelle la France put mettre en place un régime d’administration directe ou un protectorat ; une zone rouge (basse Mésopotamie) où la Grande-Bretagne eu les mêmes possibilités ; une zone brune (Palestine) réservée à la France et à la Grande-Bretagne ; une zone A (Syrie intérieure) où la France aura une zone d’influence sur le royaume arabe de Hussein ; une zone B (Mésopotamie moyenne) où la Grande-Bretagne aura une zone d’influence sur le royaume arabe.

Ces accords, qui révélèrent toute la complexité des relations franco-britanniques, ne firent cependant l’unanimité ni parmi les Français ni parmi les Britanniques. Les Français relevèrent en particulier les avantages considérables qu’en retirerait la Grande-Bretagne sur la Palestine, lui permettant notamment de sécuriser la route des Indes. Pour les Britanniques, les accords placèrent la France dans une position d’intruse : une Syrie française isolant en effet l’Égypte de la Mésopotamie, au lieu de créer un territoire commun sous influence britannique.

Dans les faits, la contribution arabe aux opérations militaires britanniques et à la victoire sur l’Empire ottoman ne conduisit pas à la récompense attendue. Entretemps, les promesses britanniques et françaises furent concurrencées par un autre engagement, contradictoire. Le 2 novembre 1917, par la déclaration Balfour, Londres appuie l’idée d’un «  foyer national juif  » en Palestine, privant d’emblée le royaume arabe unifié de ce territoire. Ayant avancé en vain l’idée d’un grand royaume arabe lors de la conférence de Versailles, Fayçal prit l’initiative de le proclamer lui-même, à partir de Damas, désormais sous contrôle français après l’évacuation des troupes britanniques.

L’entité fut éphémère : créée en janvier 1920, l’initiative arabe fut réprimée dans le sang en juillet de la même année. Pour compensation, les hachémites furent placés à la tête des deux entités nouvellement créées. Le mandat britannique de Transjordanie se vit attribuer un émir : Abdallah, fils de Hussein, tandis que son frère Fayçal, défait à Damas, prit la tête du royaume d’Irak, qui succéda au mandat de Mésopotamie.

Comme en Afrique, c’est grâce au morcellement résultant des tracés de l’accord Sykes-Picot que les populations locales sont divisées toujours à ce jour. En d’autres termes, Sykes-Picot fut la création d’un jeu d’échecs dont les pièces seront : l’Arabie Saoudite, la Syrie, le Liban, l’Irak, puis plus tard la Palestine, Israël et l’Iran.

Ainsi, depuis cette époque, le Moyen-Orient reste déterminé par ce découpage géopolitique mis en place à la fin de la Première Guerre mondiale, assurant aux puissances occidentales une domination de cette région stratégique pour leurs intérêts divers.

 

 

Retour

Haut de page