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Dans un pays arriéré comme était la Russie en 1914, les paysans devenus soldats par obligation ne savaient même pas pourquoi ils se battaient. Le patriotisme était une vague notion. Manquant de tout sur le front et surtout d'armes, les défaites cinglantes se succédaient.

L'abdication du tsar

En janvier 1917, L'armée russe s'écroulait sur elle-même. L’État tsariste ne tenait plus qu'à un fil.

Les désertions se comptaient par milliers chaque jour et le tsar Nicolas II s'enferma dans l'arrogance. Le tsar ne comprenait plus le monde dans lequel il vivait. Il s’étonnait même d'être détesté par son peuple. En février 1917, les grèves se multiplièrent. Des émeutes éclatèrent et le gouvernement ne répondit qu'en faisant tirer les soldats sur la foule afin de la disperser.

Le 11 mars 1917, 200 civils russes furent tués lors d'émeutes à Pétrograd, capitale de l'Empire russe.  Ce fut le massacre de trop pour les soldats russes qui ne voulaient plus tirer sur des compatriotes. Le 12 mars une partie de la garnison de Pétrograd se rangea du côté des manifestants.

Le gouvernement impérial, n'ayant plus de soutien possible, fut éliminé et un comité provisoire formé par des députés de la Douma le remplaça. Mais le même jour les ouvriers manifestants, les soldats révoltés rejoints par les militants des divers partis socialistes russes, formèrent le soviet des ouvriers et soldats de Pétrograd. Le soviet décida de prendre en charge le ravitaillement, de reprendre en main la garnison et de placer ses délégués auprès de ceux du gouvernement provisoire dans divers organismes d'État. Il y eut alors deux pouvoirs à Pétrograd.

Les jours suivants, d'autres émeutes éclatèrent et les soldats tirèrent sur leurs officiers plutôt que sur les civils. Les policiers se rangèrent également du côté des soldats. Le tsar fut contraint à l'abdication le 15 mars 1917. Le même jour un gouvernement provisoire fut mis en place. Il était composé de ministres pris parmi les députés des partis bourgeois. Le gouvernement provisoire décida immédiatement d'accorder les libertés politiques de base (réunion, presse) et de convoquer une assemblée constituante chargée de mettre en place une organisation nouvelle pour la Russie.

Les bolcheviks

Avant de pouvoir penser à créer la république de Russie, le gouvernement provisoire, dirigé par Alexander Kerenski, devait choisir entre continuer la guerre ou négocier une paix de compromis. Après plusieurs remaniements ministériels, le gouvernement provisoire s'ouvrait aux socialistes révolutionnaires et aux marxistes. Seuls les bolcheviks, autour de Lénine, réclamaient la paix immédiate.

Dans ce début d'année 1917, les bolcheviks n'étaient qu'une poignée mais leur demande de paix immédiate et leurs demandes de réformes sociales immédiates (journée de 8 heures, partage des terres des grands propriétaires) commencèrent à susciter de l'intérêt chez les Russes. Lorsque Kerenski  refusa ces demandes de réforme et décida de continuer la guerre. La dernière offensive russe de juin 1917 fut un véritable fiasco. Les Allemands avancèrent de 150 km dans les terres russes.

Les Allemands connaissaient la situation difficile de la Russie et firent tout pour renforcer son effondrement. Quand Lénine, le leader des bolcheviks réfugié en Suisse, demanda un visa pour traverser l'Empire allemand afin de revenir dans son pays en révolution, il l'obtint en 6 jours !
Lénine fut de retour dès avril 1917.

"La révolution est une alliée que si elle a lieu chez les autres ! ". Telles étaient les pensées allemandes. 

En juillet 1917, contre l'avis de Lénine, le soviet de Pétrograd provoqua une insurrection. Le gouvernement provisoire présidé alors par Kerensky, un socialiste très modéré, parvint à la réprimer grâce à l'appui des soldats que le gouvernement avait regroupés autour de la capitale. Lénine dû s'enfuir en Finlande toute proche. Mais en septembre, la tentative de coup d'État monarchiste du général Kornilov échoua grâce à l'intervention armée des « gardes rouges ». Le gouvernement n'avait plus de prise sur la situation. Les bolcheviks s'organisaient pour s'emparer du pouvoir par un coup d'État.

La révolution d'Octobre

En octobre, Lénine et Trotsky considérèrent que le moment était venu d'en finir avec la situation de double pouvoir (le gouvernement officiel à la Douma et le gouvernement réel aux soviets).

Les débats au sein du Comité central du Parti bolchevik, afin que celui-ci organise une insurrection armée et prenne le pouvoir, furent vifs, certains considérant qu'il fallait encore attendre et agir en accord avec d'autres formations révolutionnaires. Mais Lénine et Trotsky l'emportèrent et après avoir résisté, le Comité approuva et prépara l’insurrection, qui devait se tenir juste avant l'ouverture du IIe congrès des soviets, le 7 novembre.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, les bolchéviques renversèrent le gouvernement de Kerenski qui n'était plus soutenu par personne. Contrairement à Lénine, Kerenski n'avait pas compris que le peuple ne voulait qu'une chose : la paix. Les évènements se déroulent presque sans résistance : les bolcheviks parvinrent à prendre les symboles gouvernementaux sans opposition avant de lancer un assaut final sur le palais d'Hiver. Ce dernier, défendu par un millier de soldats, céda après un assaut confus où soldats et gardes rouges tirèrent en l'air, au prix limité de six morts. Un des évènements les plus importants du XXe siècle avait eu lieu sans trop de difficultés. Alors que les bolcheviks étaient encore pourchassés la veille, ils sont désormais maîtres de la capitale. Le 7 novembre, Trotsky annonça officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l'ouverture du Congrès panrusse des soviets des députés ouvriers et paysans (649 délégués y furent élus, dont 390 bolcheviks).

Le traité de Brest-Litovsk

Dans les quelques heures qui suivirent, une poignée de décrets allait jeter les bases de la révolution :

  • Décret sur la paix. Tout d'abord, Lénine annonça l'abolition de la diplomatie secrète et la proposition, à tous les pays en guerre, d'entamer des pourparlers « en vue d'une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions et sans indemnités ». Seule l'Allemagne accepta. Le 15 décembre, un armistice russo-allemand était signé à Brest-Litovsk et des négociations de paix s'engagèrent ;

  • Décret sur la terre : « la grande propriété foncière fut abolie immédiatement sans aucune indemnité et les soviets de paysans devinrent libres d'en faire ce qu'ils désiraient. Dans les faits, ce décret entérina la réalité existante, puisque les paysans avaient spontanément procédé depuis l'été à des occupations massives de grands domaines. Les anciens propriétaires, mais aussi les paysans qui n'étaient pas d'accord avec les soviets de paysans, fuirent les campagnes ;

  • D'autres mesures suivirent, comme la nationalisation des banques, le contrôle ouvrier sur la production, la création d'une milice ouvrière, la souveraineté et l'égalité de tous les peuples de Russie, leur droit à disposer d’eux-mêmes, la suppression de tout privilège à caractère national ou religieux, la séparation de l'Église orthodoxe et de l'État, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien, etc.

La guerre civile

Les autres formations révolutionnaires, qui étaient contre les bolcheviks prirent les armes. Les armées blanches étaient composées de monarchistes voulant le retour des tsars. Leurs dirigeants militaires étaient composés d'anciens haut gradés de l'Armée impériale russe. Les Russes blancs étaient anticommunistes. Les blancs étaient soutenus par certains pays comme le Japon, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ils étaient aussi pour le gouvernement provisoire.

L'armée rouge était composée de bolcheviks (communistes) ayant pour but de renverser complètement les tsars. Ils pouvaient compter sur certains communistes, sur la République socialiste fédérative de Russie, sur la République socialiste soviétique d'Ukraine et sur la République socialiste soviétique de Biélorussie. La guerre civile poussa les rouges à établir le communisme de guerre.

Les principales caractéristiques du communisme de guerre sont :

  • Réquisition des produits venant de la ferme pour les redistribuer (ce fut le début de grandes famines car ils ne laissaient pas assez de nourriture pour les paysans) ;

  • Les travailleurs en usine ou partout ailleurs doivent travailler dans des conditions très strictes (ceux qui faisaient la grève pouvaient être fusillés, par exemple) ;

  • La nourriture était donnée en ration (même part égale pour tout le monde) ;

  • Les paysans sont obligés de travailler.

En Finlande, qui venait d'avoir son indépendance, une guerre civile éclate en 1917. Là aussi, les rouges affrontent les blancs. L'armée blanche de Russie fit des massacres en Finlande. Plus de 35 000 Finlandais communistes ont été abattus avec l'aide de l'Allemagne. On compte 64 camps de concentration en Finlande qui contiennent environ 6% de la population adulte finlandaise. Six mois plus tard, plus de la moitié des camps sont démantelés. Partout en Russie de nombreuses personnes des deux camps sont fusillées. Comme si ce n'était pas assez, les rouges entrèrent en guerre contre la deuxième République de Pologne en 1919. Ces deux états qui venaient de se créer ne s'accordaient pas sur les frontières. Le conflit se termina en 1921 par un traité de paix.

Vers fin 1922, les bolcheviks avaient reconquis la grande majorité du territoire qui allait devenir l'URSS. Ils reconquièrent quelques pays qui avaient été momentanément indépendants comme l'Arménie, le Kazakhstan, la Géorgie, etc. Vers 1921 les blancs gagnèrent la guerre civile finlandaise.

 

 

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