La Grande Guerre

De la neutralité à la guerre

  • Les considérations isolationnistes

Dès le début de la guerre en Europe, en août 1914, malgré les relations étroites qui lient les États-Unis d'Amérique au Royaume-Uni, le président Woodrow Wilson proclame la neutralité américaine. Cette neutralité s'inscrit dans la tradition isolationniste énoncée depuis 1823 dans la doctrine Monroë « L'Amérique aux Américains ». Cette doctrine fait du continent américain tout entier une sorte de chasse gardée des États-Unis d'Amérique d'où doivent se retirer les Européens. Elle implique également le désintérêt des affaires européennes. En proclamant la neutralité de son pays, le président Woodrow Wilson entend ménager l'unité du peuple américain en évitant de prendre parti dans un conflit qui susciterait des réactions contradictoires au sein des différents belligérants en guerre. Les peuples britannique, russe, italienne, française sont favorables à un engagement américain au côté de l'Entente, tandis que les peuples allemand et austro-hongrois y sont hostiles, ainsi que la communauté irlandaise dont le ressentiment contre le Royaume-Uni reste très fort. Même si de nombreux Américains expriment leur sympathie plutôt à l'égard des pays de l'Entente, l'opinion publique américaine reste majoritairement favorable à la neutralité. De 1914 à 1916, la diplomatie américaine tente une médiation entre les pays belligérants. C'est en défendant un programme de paix que le président Woodrow Wilson est réélu en 1916. En janvier 1917, il propose encore « une paix sans victoire ».

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  • Les avantages de la neutralité

En restant neutres, les Américains profitent largement du conflit sans avoir à y participer et dans tous les domaines : financier, agricole, industriel, commercial. Au fur et mesure que l'espoir d'une guerre courte s'éloigne et qu'ils se sont enfoncés dans une guerre longue et totale, les pays de l'Entente doivent faire appel aux États-Unis d'Amérique pour s'approvisionner en énergie, matières premières, produits industriels et agro-alimentaires, mais aussi pour emprunter. Les exportations américaines à destination du Royaume-Uni et de la France connaissent un essor spectaculaire. Les produits américains remplacent sur les marchés asiatiques les produits européens. Les États-Unis qui étaient les débiteurs de l'Europe en deviennent à présent les créanciers. Le dollar se retrouve renforcé par rapport à la livre-sterling et au franc. La Bourse de New-York supplante la Bourse de Londres. L'économie américaine qui se trouvait au bord de la récession en 1913, retrouve rapidement le chemin de la croissance et de la prospérité.

  • L'entrée en guerre

Malgré tous les avantages qu'ils tirent de leur neutralité, les États-Unis d'Amérique se retrouvent progressivement impliqués malgré eux dans le conflit. Le 07 mai 1915, le torpillage, par le sous-marin allemand U-20, du paquebot britannique Lusitania au large de l'Irlande, qui fait 1 200 victimes civiles dont 128 citoyens américains, suscite aux États-Unis la réprobation de l'opinion publique et entraîne de vives protestations du gouvernement. Le blocus des côtes allemandes par les Alliés, à partir de 1914, réduisant à néant le commerce entre les États-Unis et les puissances centrales, conduit les Américains à compenser la perte de ces marchés en développant leurs relations commerciales avec le Royaume-Uni et la France, qui sont devenus leurs principaux clients. Il s'est créé ainsi entre les États-Unis d'Amérique et les pays de l'Entente, une communauté d'intérêts qui se renforce progressivement. Au début de l'année 1917, deux événements finissent par faire basculer les États-Unis d'Amérique dans la guerre au côté de l'Entente. Le premier événement est la déclaration par l'Allemagne de la guerre sous-marine à outrance, qui étend la guerre sous-marine aux navires neutres commerçant avec l'Entente et achève de compromettre la liberté des mers. Le second événement est l'interception par les services de renseignements britanniques d'un télégramme adressé par le ministre allemand des Affaires étrangères, Zimmermann, à son ambassadeur à Mexico, qui lui demande de négocier une alliance avec le Mexique tournée contre les États-Unis d'Amérique. Ceux-ci rompent d'abord leurs relations diplomatiques avec l'Allemagne en février 1917. À peine deux mois plus tard, suite aux torpillages de plusieurs cargos américains, les États-unis d'Amérique déclarent la guerre à l'Allemagne.

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  • Le recrutement

C'est dans une improvisation quasi totale que les États-Unis d'Amérique entrent dans la guerre. En l'absence de service militaire, l'armée régulière américaine ne compte que 127 500 soldats sous-équipés et sous encadrés, pas du tout préparés à être engagés dans la guerre qui fait rage en Europe depuis 1914. Quand à la garde nationale, elle compte 181 000 recrues dont 90 000 sont basés le long de la frontière mexicaine, qui menace de reprendre les territoires du Texas, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. Les États-Unis d'Amérique doivent donc décréter la conscription, recruter, équiper, former au combat, transporter et ravitailler en Europe un corps expéditionnaire. Pour éviter de déstabiliser son économie, le gouvernement américain choisit la conscription des hommes âgés entre 21 et 30 ans. Afin d'éviter de confier l'organisation de la conscription à des agents fédéraux, le gouvernement américain joue la carte des valeurs familiales et nationales à travers des affiches incitant les jeunes hommes à l'effort de guerre. La célèbre affiche britannique de recrutement représentant Lord Kitchener s'adressant au peuple britannique va servir d'exemple pour la version américaine représentée par l'Oncle Sam.

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Ainsi commence la conscription qui va voir pas moins d'un tiers des hommes appelés exemptés pour des raisons médicales. Au final, les habitants des campagnes, moins sujets aux maladies que les ouvriers, sont les plus présents au sein de l'armée américaine. Du coup, plus de 500 000 conscrits sont des immigrants dont la moitié ne maîtrise pas l'anglais. On estime ainsi que l'armée américaine de 1917 réunit des hommes parlant pas moins de 46 langues différentes, un véritable obstacle à la compréhension des instructions militaires. Au cours de l'été 1917, les premiers groupes de conscrits rejoignent l'un des seize camps d’entraînements terminés en à peine 3 mois, tandis qu'en France l'armée régulière a déjà débarqué ses premiers contingents. Les premiers jours dans ces camps, qui peuvent accueillir chacun jusqu'à 41 000 soldats,sont marqués par la découverte de la discipline militaire, les vaccinations et les tests psychologiques. L’entraînement, c'est avant tout le drill, l'apprentissage de la marche au pas qui sera nécessaire lors des combats en Europe. C'est ensuite l'usage de la baïonnette qui reste le symbole fort de l'esprit offensif pour les militaires.

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Dans le même temps, l'entrée en guerre des États-Unis d'Amérique conduit l'État fédéral à intervenir dans de nombreux secteurs d'activité, pour organiser l'économie de guerre, établir des priorités, mobiliser la main d'œuvre, financer la production d'armements, prendre en main les chemins de fer et la construction navale, réguler la production agricole, contrôler la consommation, arbitrer les relations entre salariés et patrons. La mobilisation déclenchée au printemps 1917, n'a pas d'effets immédiats sur le déroulement du conflit en Europe où les premiers contingents américains ne commencent à débarquer qu'à la fin de l'année 1917. Cependant l'entrée en guerre des Américains contribue à rehausser le moral des troupes de l'Entente affectées par l'usure et la défection de la Russie.

  • Les critiques

Avec l'instauration de la conscription en 1917, les Afro-Américains sont également appelés sous les drapeaux. Une telle décision ne manque pas de soulever un tas de polémiques dans un pays marqué par la ségrégation et les violences raciales. Vu le contexte et les diverses pressions, plus de 100 000 Afro-Américains parviennent à éviter la conscription. Certains militants des droits civiques les incitent même à la désobéissance civile, estimant que cette guerre est un conflit entre puissances impérialistes. Malgré cela, de nombreux Afro-Américains s'engagent estimant qu'ils vivront mieux avec les 30 dollars mensuels promis ainsi qu'avec des repas garantis, des habits propres et un toit pour la nuit. Certains ont même l'espoir qu'en prenant par au conflit, ils pourront jouir d'une certaine émancipation sociale à leur retour. C'est espoir sera hélas de courte durée car dès leur engagement les conscrits sont envoyés dans des camps réservés aux Afro-Américains. Pendant leur période d'entraînement, ils sont souvent logés dans des baraquements surpeuplés et dans des conditions sanitaires déplorables. Les soldats de couleur sont principalement affectés dans des unités de soutien, de transport, de ravitaillement ou dans la construction de chemins de fer. Ils sont également chargés de la manutention dans les différents ports d'embarquement ou de débarquement. Avec le prolongement de la guerre et les pertes qui augmentent un peu plus chaque jour, le War Departement américain décide la création de deux divisions combattantes noires, les 92e et 93e DI qui accueillent 40 000 soldats. Au final, entre 1917 et 1918, ce ne sont pas moins de 367 000 soldats noirs qui servent sous le drapeau américain. Parmi eux, 200 000 sont envoyés en France et 40 000 prennent part directement aux combats.

Les volontaires américaines d'avant 1917

Dès 1914, certains Américains veulent apporter leur contribution aux côtés des Alliés. Se battre ou aider la France, c’est combattre pour la liberté et la démocratie. Certes, il y a des hommes à la recherche d’aventure mais le fond de leur engagement repose sur un idéal politique. Ils sont souvent issus de grandes familles américaines, aisées, et étudient dans des écoles ou universités prestigieuses. Ces volontaires rejoignent l’American Field Service (AFS), l’Escadrille Lafayette ou encore la Légion étrangère.

  • L'American Field Service

En 1914, l’Hôpital Américain de Neuilly-sur-Seine propose au gouvernement français d’assurer un service médical pour les blessés qui s’installe dans les locaux du Lycée Pasteur dont la construction vient d’être achevée et peut accueillir jusqu’à 600 patients. L’American Ambulance Field Service, futur American Field Service (AFS), est né. Il va s’illustrer sur l’ensemble du front. Ainsi 2 500 ambulanciers volontaires américains portent assistance à quelque 500 000 blessés. Sur les dix-huit services d’ambulance, une section est active pendant un certain temps en Belgique. Des lettres et des articles écrits par ces volontaires à leur famille et amis décrivent souvent les horreurs et les ravages de la guerre, Ces courriers influencent peu à peu l’opinion publique américaine. En 1915, l'ancien secrétaire adjoint au Trésor, Abram Piatt Andrew, prend la direction de l'Ambulance Field Service et va le développer au point de convaincre les autorités militaires françaises de l'intégrer aux unités sanitaires de l'armée française. Elles prennent alors le nom de Sections Sanitaires Américaines. Elles sont numérotées et rattachées à une Division et à un secteur du front. D'avril 1915 à l'été 1917, 31 sections sont créées parmi lesquelles 2 (la Section sanitaire n°3 et la Section sanitaire n°10) sont transférées sur le front d'Orient entre octobre et décembre 1916. Avec l'entrée en guerre des États-Unis d'Amérique, à l'automne 1917, l'ensemble des sections sont intégrées au Service d'Ambulance de l'Armée des États-Unis (USAAS) et reçoivent une nouvelle numérotation. Parmi les chauffeurs des fourgons sanitaires, on compte des écrivains qui deviendront célèbres tel qu'Ernest Hermingway, E.E. Cummings, John Dos Passos, Dashiell Hammett ou encore Malcom Cowley. Des membres des 4e et 18e sections reçoivent la Croix de Guerre pour les services rendus à Verdun.

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  • L’Escadrille Lafayette

Parmi les volontaires américains qui souhaitent s'engager dans la lutte contre l'Allemagne, certains vont devenir pilotes. Consciemment ou non, ces volontaires reproduisent le geste du marquis de La Fayette offrant son aide aux insurgents en 1777, lors de la guerre d’indépendance américaine. C’est cette volonté opiniâtre de jeunes citoyens américains qui est à l’origine de la création à Luxeuil-les-Bains, le 20 avril 1916, de l’unité aéronautique N 124, plus connue sous le nom d’Escadrille La Fayette. Composée de pilotes américains au service de l’armée française, elle est placée sous le commandement du capitaine Georges Thénault et de son adjoint le lieutenant de Laage de Meux. Recrutés pour la plupart dans la Légion étrangère ou parmi les ambulanciers bénévoles de l'AFS, ces volontaires apprennent à piloter avant d’être affectés sur des bases situées à une trentaine de kilomètres du front. Ces nouveaux pilotes effectuent des missions quotidiennes aux commandes d'avions Nieuport ou Spads qui peuvent atteindre 150 à 200 km/h et qui sont armés de mitrailleuses pour les escarmouches aériennes. Au cours de ses vingt-trois mois de combat, l’Escadrille La Fayette fait mouvement onze fois, sur neuf terrains différents, des Vosges à la Picardie, pour rester au contact des premières lignes. Les exploits des quarante-trois pilotes de l’escadrille, dont neuf sont morts au combat, entretiennent la légende de cette unité et sont largement commentés dans la presse américaine.

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Les troupes américaines de 1917

  • L'American Expeditionary Force

Le Corps Expéditionnaire Américain (AEF) est créé le 03 mai 1917 et placé sous les ordres du général John Pershing, nommé à ce poste suite au décès soudain, le 19 février 1917, du général Frederick Funston. L'adoption du Selective Service Act quelques semaines après l'entrée en guerre des Américains permet de mettre en place la conscription dans un pays qui ne connaît historiquement qu'un type de milices volontaires. Le pays doit engager des moyens considérables pour construire des camps d'instruction, des milliers de baraquements afin de sélectionner et accueillir les recrues. Il faut six mois pour que les premières divisions américaines deviennent une réalité. En septembre 1917, les effectifs atteignent 250 000 hommes essentiellement encore sur la base du volontariat. Le 13 juin 1917, 177 Américains, dont le général John Pershing et le capitaine George Patton, débarquent à Boulogne-sur-Mer. Ils sont accueillis comme les sauveurs de la France et de l'Europe. Cette arrivée des premiers américains est la première bonne nouvelle de l'année 1917 après l'échec de l'offensive Nivelle au "Chemin des Dames" et la défection de la Russie qui se retire du conflit. Le quartier général de l'AEF est basé à Paris, au Pershing Hall.

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En France, la première mission du général John Pershing est de résoudre toutes les questions inhérentes à l'installation des troupes américaines en France et à leur préparation au combat. Or, le choix des lieux d'installation est conditionné par le choix d'une zone de combat. Au moment où débarquent les premières troupes américaines à Saint-Nazaire, les généraux Pétain et Pershing définissent ce qui sera le but de l'armée américaine : la réduction du saillant de Saint-Mihiel. Par conséquent,le général John Pershing choisit le port de Saint-Nazaire pour la qualité de ses équipements.

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Aux États-Unis d'Amérique, le premier problème est le manque de disponibilité de navires de transports de troupes. Pour ne pas interrompre le trafic des navires, en direction de l'Europe, qui transportent des marchandises achetées par les Alliés, les Américains ne peuvent fournir que 14 navires pour le transports des soldats de la 1re Division d'Infanterie. Il faut donc effectuer plusieurs traversées afin que la 1re Division américaine soit au complet du côté de Saint-Nazaire. Le 14 juin 1917, la 1re Division d'Infanterie américaine Big Red One (14 750 soldats de l'armée régulière, 103 infirmières, 46 700 tonnes de matériel) , commandée par le général Sibert, embarque à bord des 14 navires de transport à partir de New York. Le convoi est escorté par deux croiseurs et trois destroyers américains. Contrairement à ce qui a été écrit dans les presses de l'époque et dans certains livres actuels, les premiers navires américaines arrivent en rade de Saint-Nazaire le 26 juin 1917 vers 7 h du matin. Les premiers soldats de la 1reDI débarquent donc le 26 juin 1917, et non le 28 juin 1917, à 08h30 dans la plus grande discrétion. En effet, afin d'éviter les sous-marins allemands qui patrouillent dans l'Atlantique, les Américains ont demandé le plus grand secret sur le transport de leurs soldats vers Saint-Nazaire. Les Américains ont même inondé les ondes radio avec de fausses informations indiquant que les premiers soldats américains arriveraient le 28 juin 1917 et au port de Brest. Les premières troupes débarquées sont composées de l'état-major de la 1re DI, du 16 e RI, d'un bataillon du 28 e RI, 1 bataillon du 5 e de Marines, des conducteurs de véhicules automobiles, des débardeurs pour le déchargement du matériel. La longue traversée, le mal de mer, omniprésent parmi ces hommes qui n'ont pour la plupart jamais vu la mer, et  le risque d'un torpillage à tout moment, mettent à mal les nerfs de ces hommes qui arrivent en France complètement épuisés mais soulagés de regagner la terre ferme. Le déchargement des marchandises s'opère du 26 juin au 02 juillet 1917. Côté armement, les soldats américains ne possèdent que des fusils et des pistolets automatique, tous deux en nombre insuffisant. Durant la préparation des Américains dans leur pays, un camp d'entraînement leur a été spécialement aménagé, dans le village voisin de Villès-Martin pour l'arrivée du premier contingent. Peu à peu, Saint-Nazaire se transforme avec le débarquement des américains qui installent leur hôpital, leur salle de spectacle, leurs magasins et près de 1 200 baraquements. Les français doivent s'habituer à voir des étranges soldats souvent exubérants avec leur drôle de chapeau de feutre se promener dans les rues de Saint-Nazaire. Les français les appelle familièrement les sammies en référence à l'Oncle Sam. Pour ce premier contingent américain, l'été 1917 est une période de découvertes et d’adaptations à l'européenne. De nombreux défilés et fêtes patriotiques alternent avec les entraînements, les maniements des armes françaises ainsi que l'apprentissage de la guerre dans les tranchées.

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Dans les semaines suivantes, le port de Saint-Nazaire s'avérant trop petit face à l'afflux des soldats américains, le port de Brest est choisi par les autorités américaines comme second port de débarquement. C'est à Brest qu'une base militaire américaine y est créée début novembre 1917. Cette base militaire comprend un état-major, des services téléphoniques et télégraphiques, une police militaire, un hôpital et même une prison américains. Dès le 09 août 1917, une seconde base est créée à Bordeaux, puis en septembre commencent les travaux d'aménagement du port de Brest. Au total, entre juin 1917 et novembre 1918, l'Armée américaine utilise, pour ses débarquements en France, 85 cales existantes et en construisit 83 nouvelles dans les ports français.

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Une fois les soldats américains installés, les Français et les Britanniques pensent alors les intégrer dans leurs unités et sous leur commandement. C'est la question de « l'amalgame » qui va préoccuper les relations entre alliés jusqu'à la fin de la guerre car l'une des premières missions confiées par le président américain Woodrow Wilson au général John Pershing est de mettre sur pied une armée américaine indépendante en France. Le général américain refuse donc catégoriquement de donner ses soldats. Les Français comme les Britanniques comprennent alors qu'il faudra plusieurs mois avant que les sammies ne soient opérationnels. Aussi puisqu"ils ne peuvent en disposer, Français et Britanniques proposent au général Pershing d'équiper et de former ces nouveaux soldats qui ne connaissent encore rien de cette nouvelle forme de guerre. Le général américain accepte d'être aidé dans cette tâche qui n'est pas des plus simples vu le manque cruel d'expériences de ces soldats. Des unités combattantes françaises assurent l'instruction des unités américaines dans la zone des armées. Tout au long de cette préparation de l'armée américaine en France, l'état-major américain tente de se libérer de la tutelle que les militaires français entendent imposer en matière d'instruction. Le système de jumelage des unités est ainsi remplacé progressivement par un système d'écoles dans lesquelles la présence française est canalisée par les Américains.

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De même, en attendant que l’économie américaine soit reconvertie en économie de guerre, les Français et les Anglais équipent et arment l’armée américaine. Les fusils utilisés sont de type britannique Enfield, déjà fabriqués aux États-Unis au profit des Anglais. La France fournit aux Américains leurs armements lourds et une grande partie de leurs munitions : les canons de 75 mm et 105 mm, les obusiers de 155 mm, la quasi-totalité de leurs 260 chars, une grande partie de leurs canons à longue portée et de leurs 6 000 avions, 57 000 mitrailleuses et fusils mitrailleurs, 10 millions d’obus et plus de 206 millions de cartouches.

  • Les Harlem Hellfighters

Avant l'entrée en guerre des Américains, ce groupe de soldats afro-américains fait partie du 15e régiment de la garde nationale de New York. Dès la mobilisation en 1917, il est transféré au 369e régiment d'infanterie, qui fait partie de la 93e Division d'infanterie américaine. Ces soldats sont rapidement surnommés les "Harlem Hellfighters" ou les "Black Rattlers" ou encore les "Men of Bronze". Après une période d'entraînement en Amérique, les 92e et 93e divisions afro-américaines débarquent en France. Le défilé de ces troupes est remarqué lorsque son orchestre, composée d'une soixante de musiciens, joue La Marseillaise sur un air de jazz. Ces soldats, considérés comme de second rang par sa propre armée, sont moins bien entraînés, habillés et nourris que leurs homologues "blancs". L'armée américaine et ne leur montrant aucune estime, ils sont tous relégués à des tâches de soutien.

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Le général John Pershing envoie même une note secrète aux militaires français intitulée "Secret Information Concerning Black American Troops" dans laquelle il évoque le « manque de conscience civique et professionnelle » des soldats afro-américains, qui constituerait une « menace constante pour les Américains ». Néanmoins, les militaires français ne prennent pas en compte cet avertissement et le maréchal Foch, commandant-en-chef des forces alliées, exige que le régiment soit incorporé aux troupes françaises. Ainsi donc, en mars 1918, les Harlem Hellfighters sont incorporés à la 161e division d'infanterie française. Ils opérèrent notamment en Champagne et en Alsace, se battant sur le front pendant 191 jours, soit plus que tous les autres soldats américains. C'est aussi la première unité alliée à franchir le Rhin. Leur surnom de « Harlem Hellfighters » leur est donné par les Allemands, surpris par leur courage. Environ 1 500 d'entre eux périssent au combat.

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Sous la pression des autorités américaines, le régiment n'est pas autorisé à parader dans les rues de Paris après la victoire ! Le régiment quitte la 161 e division d'infanterie le 18 décembre 1918 en vue de son retour aux États-Unis. Grâce au colonel William Hayward, et malgré les réticences du commandement américain, les Harlem Hellfighters peuvent tout de même défiler sur la Cinquième Avenue de New York à leur retour en février 1919. Après la guerre, le gouvernement français décerne au régiment la Croix de guerre décorée d'une étoile d'argent pour la prise de Séchault. Ce sont les premiers Américains à avoir été ainsi décorés de la Croix de guerre française. 171 d'entre eux reçoivent également des distinctions à titre individuel.

  • Les premiers amérindiens de la guerre

Malgré qu'ils n'ont pas tous la citoyenneté américaine, les indiens sont recensés et incorporés à l'armée américaine. Ces amérindiens proviennent de nombreuses tribus dont 6 000 Osages et Quapaws, 4 000 Sioux, 1 900 Cherokees, 1 000 Chippeways, 900 Cheyennes. Au total, ce sont 17 313 Indiens qui servent sous le drapeau américain entre 1917 et 1918. Parmi eux, 14 000 sont envoyés en Europe, sur le front occidental, non en unités constituées, mais plutôt à des postes spécifiques. À l'instar de leurs frères canadiens, ils conduisent des ambulances, des camions pendant que d'autres sont cuisiniers, infirmiers, mécaniciens et dresseurs de chevaux. S'appuyant sur une maîtrise ancestrale de la guérilla, certains commandants de secteurs du front confient à certains indiens des missions d'éclaireurs, de tireurs d'élite ou encore d'estafettes. Rapidement, les indiens chargés de ces missions spéciales s'en sortent parfaitement provoquant l'étonnement et la reconnaissance de leurs officiers. Les Indiens ont le sens de l'orientation qui semblent innés chez eux. Même dans le noir, ils sont capables de traverser le no man's land, de capturer un officier allemand et de revenir dans leurs lignes sans aucun problème. Les soldats allemands craignent les snipers indiens qui ont la réputation d'avoir des mains fermes et des yeux perçants. Certaines rumeurs infondées donnent l'image que les Indiens sont dénués de sentiments lorsqu'ils doivent tuer un adversaire. De plus, les cris poussés par les Indiens lors d'attaques effraient de nombreux soldats allemands qui ne sont pas habitués à ce genre de soldats sans peur et curieusement équipés.

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Contrairement aux afro-américains, les indiens sont intégrés dans des unités blanches. Contrairement aux afro-américains, Ils ne suscitent qu'admiration de par le peuple français qui les découvre. Ils sont aux yeux de nombreux français un peuple de guerriers sans peur qui va aider à la victoire finale. Le commandant du corps expéditionnaire américain, le général John Pershing, apprécie spécialement les Indiens qu'il a commandé lors d'incursions en territoires mexicains jusqu'en 1916. Il les connaît assez bien que pour savoir qu'il peut compter sur eux pour remplir à bien des missions spéciales. Parmi celles-ci, sachant que les Allemands ont les moyens techniques d'écouter la plupart des conversations téléphoniques des Alliés, le général américain décide d'employer des Indiens dans les transmissions téléphoniques suite à la demande du colonel Bloor, commandant de la 36e Division d'infanterie. Les Indiens Choctaw sont réputés pour pratiquer le choctaw, le muscogee, le pawnee et les langues siouanes. Ils sont donc choisis comme transmetteurs téléphoniques. À charge pour les Choctaws de convenir d'un code adapté au vocabulaire militaire. Ces nouveaux opérateurs d'un nouveau genre vont surmonter ces difficultés par des astuces linguistiques inédites qu'aucun Allemand ne sera capable de comprendre. Ainsi le 3e bataillon devient trois grains de maïs, un capitaine devient un chevreuil, un colonel devient un cerf et un général devient un bison.

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La première unité de code's speakers est composé de 19 Indiens Choctaw de sang pur ou de sang-mêlé. Il s'agit de Albert Billy, Mitchell Bobb, Victor Brown, Ben Carterby, Benjamin Franklin Colbert, George Edwin Davenport, Joseph Harvey Davenport, James Morrison Edwards, Tobias William Frazier, Benjamin Wilburn Hampton, Noel Johnson, Otis Wilson Leader, Solomon Bond Louis, Pete Maytubby, Jeff Nelson, Joseph Oklahombi, Robert Taylor, Charles Walter Veach, Calvin Wilson. Ce n'est que dix ans après la fin de la guerre que l'Oklahoma City News a décrit les actions militaires de cette unité. Les Choctaws eux-mêmes ne semblent pas s'être qualifiés de locuteurs de code. L'expression n'est inventée que pendant la Seconde Guerre mondiale.  L'engagement des Indiens dans leur globalité, héroïques puisque plusieurs d'entre eux reçoivent la Croix de Guerre, conduit à accorder enfin la citoyenneté américaine aux Natives dès 1919. Ils restent néanmoins considérés comme des citoyens de seconde zone encore pendant de nombreuses années.