La Grande Guerre

Vers une guerre moderne

La Grande Guerre est caractérisée par l'industrialisation et la production de masse dans le domaine de l'armement et de la technologie militaire. Les premières années de guerre voient la confrontation entre la technologie du XXe siècle et les tactiques du XIXe siècle qui prennent la forme de batailles indécises provoquant un nombre considérable de pertes humaines dans chaque camp. Il faut attendre l'année 1918 pour que les différentes armées adaptent leurs tactiques militaires aux nouvelles technologies dans le cadre de la guerre moderne.

  • Les origines

Pour soutenir l'effort de guerre, il faut produire des avions, former des pilotes et des mécaniciens. Mais il faut aussi innover pour concevoir des avions meilleurs que ceux de l'ennemi. Le bois, composant essentiel des premiers avions, laisse progressivement sa place au métal plus résistant. Dès 1918, le fuselage des avions militaires se compose d'un alliage métallique appelé le duralumin. Cet alliage d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse a l'avantage d'être léger et solide.


Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
  • Les moteurs

Afin de devenir une véritable arme de guerre, les avions vont connaître une véritable avancée technologique des moteurs, qui doivent impérativement gagner en puissance. Les premiers moteurs mis à disposition des armées ne développent que 70 à 80 chevaux, ce qui est nettement insuffisant pour armer correctement chaque appareil. Étudiés par les firmes Renault, Peugeot, de Dion, Panhard-Levassor, Lorraine et surtout Hispano-Suiza,les moteurs en V refroidis par eau finissent par s’imposer à partir de l’été 1916. À la fin de la guerre, les avions volent à 200 km/h pendant plus de 2 heures et certains peuvent grimper jusqu'à 6 000 m d'altitude. Puisqu'à haute altitude, l'air se raréfie, les ingénieurs conçoivent des compresseurs permettant d'augmenter la quantité d'oxygène dans l'air d'admission des moteurs. Les Allemands sont équipés de moteurs Mercedes, ce qui en 1914, leur donne l'avantage de la vitesse sur les avions de la Triple Entente.


Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : ECPAD
Crédit photo : ECPAD
  • Les rôles
  • L'observation militaire

Les grandes manoeuvres qui précèdent la Grande Guerre avaient montré l'intérêt de l'avion comme moyen d'observation des lignes ennemies sur le champ de bataille. C'est donc à ces missions que les premiers avions militaires sont destinés. Les premières missions des aviateurs ne sont pas très différentes de celles des aérostiers qui de leur ballon captif observent également l'ennemi. Lorsqu'un chef d'état-major veut voir au-delà de son champ visuel, il envoie un avion avec l'ordre au pilote de ramener des renseignements sur la position et le mouvement des troupes ennemies. L'avion survole alors les lignes de combats et un observateur, installé soit derrière le pilote soit à ces côtés, note tout ce qu'il voit, trace des cartes et prend des photos. Ensuite, l'avion revient à sa base, atterrit et l'observateur transmet ses notes. Paradoxalement, dans un premier temps, les chefs de l'état-major n'accordent qu'une confiance toute relative aux observations faites à partir des avions.


Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Wikipedia
Crédit photo : Wikipedia
  • L'appui à l'artillerie

Une autre mission est également confiée à ces aviateurs, qui une fois dans le ciel, informent les chefs de batteries d'artillerie sur le réglage de leurs tirs. Au début, les informations sont communiquées par des figures de l'avion qui prend un virage à droite pour signaler que le tir est trop court, qui prend un virage à gauche pour signaler que le tir est trop long, etc. Dès la fin de 1914, l'augmentation de la puissance des moteurs des avions militaires permet d'embarquer un poste de TSF. La radio est ainsi à bord des avions et la communication est nettement simplifiée. Mais comme les communications sans fil circulent dans les airs, les ingénieurs vont développer des systèmes d'écoute pour intercepter les communications radio de l'ennemi. Comme les messages peuvent être interceptés, d'autres ingénieurs mettent en place le cryptage pour coder les messages transmis par les aviateurs. Au début, le cryptage est assez simpliste. On remplace A par 1, B par 2, etc. Comme les messages peuvent être codés, les ingénieurs mettent en place des dispositifs de brouillage pour paralyser les communications ennemies. Et comme les avions s'approchent de plus en plus près des lignes ennemies, les militaires des deux camps cherchent à éliminer les avions "espions". Les premiers systèmes de défense aérienne, la DCA, sont alors mis en place pour intercepter les avions ennemis ou les forcer à rester en altitude. Pour aider la DCA, des systèmes de détection des avions par le son sont mis en place par les ingénieurs. Ces systèmes sont des sortes de grandes oreilles qui préfigurent le RADAR qui sera inventé 20 ans plus tard par les Britanniques.


Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
  • Le bombardement

Le 30 août 1914, un Taube allemand, survolant Paris, lâche à la main cinq petites bombes tuant une femme et blessant un homme. C'est le premier bombardement aérien de la Grande Guerre. À la fin de 1914, chaque camp possède ses escadrilles de bombardement. La plupart des bombardiers disposent de 3 hommes : le pilote, un mitrailleur avant qui joue aussi le rôle de bombardier et un second mitrailleur arrière. Chaque bombardier peut embarquer une charge allant pour certains appareils jusqu'à 450 kilos. Les premiers bombardements stratégiques visent les dépôts de munitions, les entrepôts et les chemins de fer. Dans un second temps, les bombardiers allemands vont bombarder les grandes villes telles que Londres et Paris afin de terroriser et de démoraliser les populations. Pour cela, les Allemands vont mettre au point un bombardier stratégique à long rayon d'action, le Gotha. Ces bombardements sont trop rares et les quantités de bombes larguées trop faibles pour avoir une quelconque efficacité militaire, mais ils démoralisent les populations britanniques. Ces bombardements forcent également les Britanniques à maintenir des escadrons de chasse en Grande-Bretagne qui ne peuvent donc pas participer aux combats aériens sur le front de l'Ouest. En empêchant l'ennemi de se déplacer discrètement, les missions de reconnaissance participent à la situation de blocage au sol.


Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
  • La chasse aérienne

Au début du conflit, les avions ne sont pas armés, car ils ne servent qu'à l'observation aérienne. Il n'est pas rare de voir des pilotes ennemis se saluer lorsqu'ils se croisent dans les airs. Pour ces pilotes, ils sont des aviateurs avant d'être des militaires. Mais les choses vont rapidement changer lorsque ces pilotes doivent réaliser un atterrissage forcé dans les lignes ennemies et qu'ils doivent se défendre avec leur pistolet ou leur sabre contre l'ennemi qui les considère comme de simples soldats et non plus comme des aviateurs. Certains pilotes vont même commencer à tirer en plein ciel, à l'aide de leur pistolet, sur les pilotes ennemis. Ainsi l'idée d'installer une mitrailleuse à bord de leur avion n'est pas une idée militaire mais bien une idée des pilotes. C'est ainsi que le 05 octobre 1914, le sergent Joseph Frantz et le caporal mécanicien mitrailleur Louis Quenault montent une petite mitrailleuse Hotchkiss sur leur avion Voisin III. À peine dans les airs, le sergent Frantz prend en chasse un Aviatik allemand et le caporal Quenault l’abat après à peine quelques secondes. C'est le premier duel aérien de la Grande Guerre. Ce premier combat aérien est l'événement déclencheur. L'avion sert à observer l'ennemi et ses mouvements, à larguer des bombes et en plus il peut abattre les avions ennemis. À cet instant précis, l'avion va devenir une nécessité sur les champs de bataille. Le 01er mars 1915, la première escadrille de chasse française est créée par le commandant de Rose. Cette escadrille, baptisée la MS12, est constituée de Morane-Saulnier. Ses missions sont multiples. Elle doit débarrasser le ciel des avions ennemis, escorter les bombardiers et observer les mouvements de l'ennemi. Le système de synchronisation des mitrailleuses, permettant de tirer à travers l'hélice, inventé par les Allemands, associé à des appareils plus maniables, permet de créer des appareils spécifiquement conçus pour le combat aérien. Comme la guerre au sol s'enlise dans la guerre de tranchées, les avions apportent un soutien important à l'artillerie en permettant de repérer les cibles. De plus, ils participent plus largement à la reconnaissance du champ de bataille. Les avions plus lourds sont utilisés pour bombarder les bases de ravitaillement ennemies. Cependant, leur lenteur en fait des proies faciles pour les chasseurs ennemis, ce qui mènera les deux camps à mettre en place des escadrilles de chasse destinées à escorter les bombardiers alliés et à détruire les avions ennemis. De ces combats aériens vont naître les as de l'aviation.


Crédit photo : Wikipedia
Crédit photo : Wikipedia
Crédit photo : Domaine public
Crédit photo : Domaine public
  • L'évolution de l'aviation militaire

La Grande Guerre modifie la vision des militaires sur l'utilisation de l'avion. L'avion n'est plus seulement un moyen d'observer l'ennemi du ciel. L'avion devient une arme indispensable pour s'assurer la supériorité aérienne, condition sine qua non pour mener les batailles terrestres.


Retour à la page précédente